César 2016: Un palmarès très diversifié

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Hier soir se tenait au théâtre du Chatelet la traditionnelle grande messe du Cinéma français dirigée par une maîtresse de cérémonie qui, qu’on l’aime ou non, a su donner une nouvelle impulsion à une cérémonie qui, l’an passé, avait battu tous les records de longueur! Très calquée sur son modèle américain, la cérémonie a débuté avec un sketch où l’on pouvait voir l’humoriste incrustée dans quelques succès du Cinéma  Français comme Nikita ou Itinéraire d’un enfant gâté. Puis chaque remise de prix, pendant laquelle Florence Foresti s’éclipsait, laissait place à un nouveau moment « drôle » comme cette séquence de » Bloquées » avec Foresti et Vanessa Paradis, assez irrésistible. Les moments gênants auront été à mettre à l’actif de Jean-Hugues Anglade en roue libre et Christophe Lambert qui semblait avoir du mal à s’exprimer. Enfin, comme aux Oscars, les remerciements ont été limités par une musique assourdissante réservée aux bavards!

Côté palmarès, on notera l’absence très juste de « Dheepan » mais également que le carton annoncé du film de Desplechin n’aura pas eu lieu. Voici le palmarès complet:

Meilleur film : Fatima, réalisé par Philippe Faucon

Si Trois Souvenirs de ma jeunesse pouvait être qualifié de favori, c’est l’outsider « Fatima » qui l’a emporté mais c’est amplement mérité non seulement pour les qualités du film mais aussi pour le message d’intégration positive qu’il envoie, ô combien salutaire en ces temps troublés!
Meilleur réalisateur : Arnaud Desplechin pour Trois souvenirs de ma jeunesse

Ce n’est que justice pour ce grand cinéaste qui n’avait jamais été récompensé.

Meilleure actrice : Catherine Frot pour Marguerite

Elle était favorite, elle qui fut récompensée il y a vingt ans pour son rôle dans « un air de famille ». Emmanuelle Bercot n’aura pas réalisé le doublé Cannes/César.
Meilleur acteur : Vincent Lindon pour La loi du marché

Contrairement à Emmanuelle Bercot, Lindon fait le doublé Cannes/César et c’est parfaitement juste tant son interprétation dans « la loi du marché » est sidérante de réalisme!
Meilleure actrice dans un second rôle : Sidse Babett Knudsen dans L’Hermine

C’était l’outsider de sa catégorie mais sa prestation toute en douceur et en délicatesse dans « l’hermine » le méritait! Cette actrice danoise est fabuleuse!
Meilleur acteur dans un second rôle : Benoît Magimel dans La Tête haute

Il était passé à côté d’un César deux fois, la troisième aura été la bonne même si la prestation de Michel Fau par exemple aurait mérité de lui passer devant. L’une des déceptions de la soirée.
Meilleur espoir féminin : Zita Hanrot dans Fatima

La concurrence se jouait entre Lou Roy-Lecollinet pour le Desplechin et elle. Sa très fraîche interprétation d’une jeune étudiante d’origine algérienne qui cherche à s’en sortir tout en gérant sa mère qui ne parle pas Français, vaut largement le prix!
Meilleur espoir masculin : Rod Paradot dans La Tête haute

Si Quentin Dolmaire pour son rôle dans le Desplechin pouvait rêver, il faut reconnaître que l’interprétation ultra-réaliste de Rod Paradot dans le très moyen film d’Emmanuelle Bercot sentait bon la récompense!
Meilleur film étranger : Birdman réalisé par Alejandro Gonzalez Inarritu

Deuxième déception de la soirée, la récompense du film plein d’esbroufe d’Inarritu au détriment du chef d’oeuvre de Moretti ou du geste politique de Panahi!
Meilleur Film Court-Métrage :La Contre-allée de Cécile Ducrocq

Pas d’avis n’ayant pas vu les films.
Meilleur Costume : Pierre-Jean Larroque pour le film Marguerite

Sans surprise.


Meilleur film court-métrage d’animation : Repas dominical de Céline Devaux

Favori apparemment.
Meilleur film long-métrage d’animation : Petit Prince de Mark Osborne

Avril et le monde truqué semblait favori face à cette production franco-américaine moins « artisanale ». C’est le gros qui a gagné!
Meilleur son : François Musy et Gabriel Hafner dans Marguerite

Assez prévisible même si  l’on pouvait penser que le film d’Audiard se rattraperait sur un prix technique.


Meilleure photo : Christophe Offenstein pour Valley of Love

Entièrement mérité tant la photo d’Offenstein est l’une des grandes réussites du film.


Meilleur montage : Mathilde Van de Moortel pour Mustang

Mustang semble truster toutes les récompenses pour lesquelles il est nommé! 


Meilleur documentaire à Demain réalisé par Mélanie Laurent et Cyril Dion

Si le documentaire de Rithy Panh semblait favori, c’est sans doute l’intérêt écolo qui a primé pour faire gagner le doc de Mélanie Laurent.
Meilleur Premier film à Mustang de Deniz Gamze Ergüven.

S’il y avait un César qui ne laissait pas beaucoup de place au doute, c’est bien celui-ci!
Meilleurs décors à Martin Curel pour Marguerite

Logique.


Meilleure adaptation à Fatima de Philippe Faucon

Tout à fait mérité, c’est quasiment le carton plein pour le très beau film de philippe Faucon.
Meilleure musique originale à Warren Ellis pour Mustang

Morricone n’aura finalement pas le prix, peut-être un César d’honneur une autre fois?

En conclusion, Marguerite et Fatima sont les deux grands gagnants de la soirée et sont le reflet de la belle diversité du Cinéma Français en 2015!

 

Cinema: le Top 10 de 2015

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Très riche année cinématographique que 2015 avec près de 30 films susceptibles de truster ces 10 premières places et 5 films sur 10 européens!

10- LE PONT DES ESPIONS de Steven Spielberg

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 Steven Spielberg prouve qu’il est toujours le boss avec un grand film d’espionnage!!!

9- FOXCATCHER de Bennett Miller

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Un biopic sportif surprenant interprété par trois acteurs impressionnants!

8- COMME UN AVION de Bruno Podalydès

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L’odyssée drôle et poétique d’un quinqua en quête de lui-même!

7- TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE d’Arnaud Desplechin

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Le retour romanesque sur trois souvenirs de la jeunesse de Paul Dédalus avec la découverte de deux grands talents!

6- MAD MAX FURY ROAD de George Miller

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Un retour inespéré avec l’un des plus grands films d’action de tous les temps!

5- VICE VERSA de Pete Docter

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L’un des grands chefs d’oeuvre de Pixar, à la fois drôle, intelligent et émouvant!

4- FATIMA de Philippe Faucon

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Le grand film sur l’intégration qui fait du bien!

AMY de Asif Kapadia

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LE documentaire de l’année! Bouleversant!

2- MIA MADRE de Nanni Moretti

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Le grand retour de Nanni moretti injustement boudé à Cannes!

1- THE DUKE OF BURGUNDY de Peter Strickland

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Le chef d’oeuvre esthétique de l’année!

Parmi les films qu’il ne fallait pas rater cette année, n’oublions pas « American Sniper » de Clint Eastwood, « l’homme irrationnel » de Woody Allen, « Inherent Vice » de Paul Thomas Anderson, « le Labyrinthe du Silence » de Guilio Ricciarelli, « Sicario » de Denis Villeneuve, « l’Hermine » de Christian Vincent ou encore « the Lobster » de Yorgos Lanthimos…

Critique: Fatima

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  • Date de sortie :
    07 octobre 2015
  • Réalisé par :
    Philippe Faucon
  • Avec :
    Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche…
  • Durée :
    1h19min
  • Pays de production :
    France
  • Année de production :  2015
  • Distributeur :
    Pyramide Films

Fatima vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente en révolte, et Nesrine, 18 ans, qui commence des études de médecine. Fatima maîtrise mal le français et le vit comme une frustration dans ses rapports quotidiens avec ses filles. Toutes deux sont sa fierté, son moteur, son inquiétude aussi. Afin de leur offrir le meilleur avenir possible, Fatima travaille comme femme de ménage avec des horaires décalés. Un jour, elle chute dans un escalier. En arrêt de travail, Fatima se met à écrire en arabe ce qu’il ne lui a pas été possible de dire jusque-là en français à ses filles.

Quatre ans après « la Désintégration », film choc noir et terrible sur la chute de jeunes mal intégrés dans l’islamisme radical, Philippe Faucon traite à nouveau d’intégration mais sur un tout autre mode. Le cinéaste s’intéresse ici aux rapports entre une mère algérienne et ses deux filles, nées en France. Fatima, la mère, se sacrifie corps et âme pour donner une chance à ses filles de se faire une place. La cadette, adolescente rebelle, ne supporte pas que sa mère « nettoie la merde des autres » alors que l’aînée s’accroche pour réussir sa première année de médecine et faire la fierté de celle-ci. Remarquablement interprété, « Fatima » défend pour une fois l’idée que l’intégration n’est pas forcément vouée à l’échec et ce, malgré ce racisme latent qui se manifeste, par petites touches. En filmant ses actrices au plus près et en montrant leur quotidien, sans pathos mais avec justesse et sensibilité, Faucon nous offre l’un des films majeurs de cette année!

4.5