CRITIQUE DVD: TABOU

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LE FILM: 9/10

Une vieille femme au caractère bien trempé, sa femme de ménage capverdienne, une voisine dévouée aux causes humanitaires vivent sur le même palier d’un immeuble de Lisbonne. Quand la vieille femme meurt les deux autres découvrent un épisode d’une partie de sa vie : une histoire d’amour, une scène de meurtre dans une Afrique directement sortie d’un film d’aventure.

Véritable OVNI cinématographique, le troisième film de Miguel Gomes (premier à sortir chez nous), Tabou, réussit à se révéler comme une expérience totalement inédite tout en restant chargé d’influences très diverses.

Intégralement en noir et blanc, le film débute par un prologue exotique digne d’un film colonial des années 20, nous laissant un peu perplexe, ne sachant pas très bien à quoi nous attendre. Puis le film débute enfin par une première partie intitulée « Paradis Perdu » qui se déroule à Lisbonne de nos jours. On y suit trois femmes dont une, la plus âgée, paraît parfois perdre la tête tenant des propos plus ou moins confus. C’est la partie moderne du film, tournée en 35 mm. A la moitié du film, la seconde partie « Paradis », qui se déroule en Afrique revient sur les traces du passé de la vieille femme et tend à expliquer ses propos. Cette dernière partie, tournée en 16mm, est muette, à l’exception des bruits de fond, et narrée par un personnage apparu à la fin de la première partie. Une fois ces trois parties assemblées, le film trouve toute sa cohérence tel un puzzle enfin reconstitué.

Citant tantôt Murnau (ne serait-ce qu’à travers le titre), tantôt Pollack ( avec un côté très Out Of Africa dans sa troisième partie), Gomes réussit dans le même film à rendre un vibrant hommage au cinéma muet, à raconter une histoire d’amour déchirante tout en évoquant le passé colonialiste de son pays. Remarquable ambitieux, le film de Miguel Gomes se paie le luxe d’être non seulement passionnant mais d’être extrêmement ludique de bout en bout.

Une pure merveille!

TECHNIQUE: 9/10

Rien à redire à ce DVD absolument impeccable!

BONUS: 9/10

Outre un passionnant entretien avec le réalisateur bien que moyennement audible (le réalisateur s’exprime dans un Français moyen et la prise de son n’est pas des meilleures!), on trouve deux courts-métrages du cinéaste ainsi qu’un livret contenant le scénario des scènes coupées.

VERDICT: 9.5/10

Un DVD incontournable! Fabuleux!

Disponible en double DVD (24,99 euros) chez Shellac Sud

CRITIQUE: THE ARTIST

Hollywood, 1927. George Valentin est une star du Cinéma muet; alors qu’il prend sous son aile la jeune et belle Peppy Miller et qu’il parvient à lui mettre le pied à l’étrier, le Cinéma devient parlant. Cette révolution technique va foudroyer la carrière de beaucoup d’acteurs du muet dont George Valentin qui sera poussé vers la sortie. Quant à elle, Peppy Miller suit le chemin inverse et devient la plus grande star des « talkies »! Mais elle n’a pas oublié ce qu’a fait Valentin pour elle…

Sortir un film en noir et blanc mais également muet en pleine époque 3D, cela sentait à plein nez le simple exercice de style stérile! Mais lorsqu’on voit que c’est Michel Hazanavicius aux manettes, tous les espoirs sont permis! A juste titre! Après avoir rendu sexy et jubilatoires les aventures de l’agent Hubert Bonnisseur de la Bath, alias OSS 117, en montrant un vrai sens de la comédie et de la mise en scène tout court, Hazanavicius signe un des plus beaux hommages au Cinéma que l’on ait vu jusque là.

Sur un scénario très proche de « Chantons sous la pluie » ou « Boulevard du crépuscule », « the Artist » nous conte la chute d’une star du muet à l’arrivée du parlant. Au-delà du simple exercice de style tant redouté, Hazanavicius magnifie son matériau en utilisant tantôt le son, tantôt les intertitres sur un noir et blanc de toute beauté. Côté interprétation, le cinéaste s’offre quelques seconds rôles de choix avec John Goodman, James Cromwell et même un cameo de Malcom Mc Dowell et bien sûr Jean Dujardin magnifique et tout en finesse, alors qu’on pouvait craindre qu’il en rajoute des tonnes, justement récompensé du Prix d’interprétation à Cannes. Mais la vraie révélation est sans aucun doute Bérénice Béjo qui illumine le film de sa classe et de sa beauté dans son meilleur rôle! Quant à Michel Hazanavicius, il confirme qu’il est un très grand metteur en scène, transformant un coup de folie en coup de génie!