CRITIQUE: TOUTES NOS ENVIES

Claire, jeune juge au tribunal de Lyon, traite de nombreuses affaires de surendettement. Un jour, se présente face à elle Céline, la maman de camarades d’école de ses enfants. Alors qu’elle décide d’entamer une croisade contre les sociétés de crédit en sollicitant l’aide d’un juge chevronné, Stéphane, elle apprend qu’elle est condamnée par une tumeur au cerveau.

Pour son nouveau film, Philippe Lioret reprend les recettes qui ont fait la réussite et le succès de son précédent opus « Welcome », des personnages qui font une affaire personnelle d’un combat contre les maux de notre société. Malgré la lourdeur des thèmes traités( le surendettement, la maladie), Lioret réussit l’exploit d’éviter les scènes excessivement lacrymales, aidé par un très beau duo d’acteurs avec une Marie Gillain retrouvée, dans un rôle à César, et un Vincent Lindon comme toujours excellent. C’est au niveau de l’histoire que Lioret nous raconte que le bât blesse; ses personnages sont tous un peu trop beaux pour être vrais. La jeune juge héberge très vite la famille de cette femme surendettée sans que cela  nuise à son couple, la terrible maladie de Claire lui donne la force de gagner son combat contre la Société de consommation, etc… Aucun personnage ne semble avoir une zone d’ombre et cette naïveté affichée nuit vraiment à l’empathie qu’on pourrait ressentir vis-à-vis de ceux-ci. Même si les intentions de Lioret sont fort louables, « Toutes nos envies » ne dégage pas la force de son précédent film et m’a laissé malheureusement de marbre. Dommage…

CRITIQUE: LA GUERRE EST DECLAREE

Quand Romeo et Juliette se rencontrent, ils se plaisent tout de suite. Ils croient d’abord à une blague puis se disent qu’un couple tel que le leur ne peut que souffrir. Et puis ils n’y pensent plus et vivent le bonheur. Ce bonheur, ils vont le concrétiser en donnant naissance au petit Adam et bien qu’il pleure beaucoup, ils se disent après tout que « les bébés, ça pleure ». Mais alors que plusieurs facteurs les alertent, le verdict tombe: Adam a une tumeur au cerveau. Que faire? Se laisser abattre? Non! La guerre est déclarée!

Valérie Donzelli, pour son deuxième film après « la reine des pommes », traite d’un sujet qui lui est cher puisqu’il s’agit de son histoire et celle de Jérémie Elkaïm et de leur fils, l’histoire du combat qu’ils ont mené et remporté contre sa maladie. Ils ont donc décidé de partager cette douloureuse expérience en écrivant tous les deux le scénario et en l’interprétant tout en étant derrière la caméra, pour Valérie.

On pouvait craindre le pire d’un tel sujet, si lourd et si propice à sombrer dans le pathos! Que nenni! Dès le début du film, on comprend que l’issue n’est pas fatale, otant toute idée de suspense malvenu et malsain. Puis l’on suit cette histoire plutôt pleine d’énergie et de vie; certes les plus sensibles (dont je fais partie!) laisseront échapper quelques larmes mais Valérie Donzelli ne cherche jamais, et c’est son plus grand mérite, à nous les arracher. C’est uniquement grâce à son récit et à l’empathie que l’on ressent pour ce couple si attachant que l’émotion affleure. Sur la forme, le film est jubilatoire tant les trouvailles de mise en scène se multiplient et la bande originale, naviguant de Vivaldi à Bach en passant par Delerue, Morricone ou Yuksek, est une succession de petits bijoux! En tout cas même si Romeo et Juliette en sortent « détruits mais plus solides », moi j’en suis sorti heureux!