CRITIQUE: SNOWPIERCER, LE TRANSPERCENEIGE

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2031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s’est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d’hommes entraînés par l’un d’eux tente de lutter. Car l’être humain ne changera jamais…

Très souvent, quand un jeune cinéaste en vogue se retrouve à la tête d’une superproduction internationale, il se retrouve muselé et le produit fini paraît fade et sans personnalité dans le meilleur des cas. Après de grands films comme Memories of Murder, The Host et Mother , l’adaptation de la BD française du même titre par Bong Joon Ho pouvait nous faire craindre le pire, un énième blockbuster sans âme. Après avoir vu le film, on ne peut qu’être rassuré et réjoui de constater qu’il est possible de concilier gros budget, scénario d’une grande richesse et metteur en scène de talent!

Extrêmement intelligent, le scénario propose au-delà d’une aventure totalement folle et jubilatoire, une véritable réflexion politique dont je ne dirai rien de plus pour ne pas ternir le plaisir de ceux qui ne l’auraient pas encore vu. Quoi qu’il en soit, la progression des héros de l’arrière vers l’avant du train donne l’occasion au cinéaste d’offrir à chaque voiture une aventure nouvelle dans des décors nouveaux et toujours plus fous et d’offrir des pistes scénaristiques foisonnantes et autant de questions: qu’y a-t-il à l’avant du train? Qui est ce personnage mystérieux au commandement de ce train? Que deviennent les enfants arrachés à leurs parents? Y a-t-il un avenir possible en dehors du train?

Visuellement éblouissant, le film repose en plus sur un casting parfait bien qu’audacieux: Chris Evans prouve qu’il vaut mieux que Captain America, Song Kan Ho, Ed Harris, John Hurt, Jamie Bell et bien sûr Tilda Swinton absolument magistrale!

Non seulement Bong Joon Ho a su rester cohérent avec son oeuvre mais Snowpiercer s’impose comme le plus grand film de science-fiction depuis les Fils de l’Homme et s’il nous invite au voyage c’est bien en première classe! Chef d’oeuvre!

NOTE: 9.5/10

 

CRITIQUE: LA PORTE DU PARADIS

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Deux anciens élèves de Harvard se retrouvent en 1890 dans le Wyoming. Averill est shérif fédéral tandis que Billy Irvine, rongé par l’alcool, est membre d’une association de gros éleveurs en lutte contre les petits immigrants venus pour la plupart d’Europe centrale. Averill s’oppose à l’intervention de l’association sur le district et tente de convaincre son amie Ella, une prostituée d’origine française, de quitter le pays.

La Porte du Paradis restera comme l’un des plus gros échecs du Cinéma, causant la mort de United Artists qui ne survécut pas à un dépassement de budget historique (40 millions de dollars au lieu des 2 millions prévus!).

Michael Cimino ne s’en remit vraiment jamais, ne repassant derrière la caméra que 5 ans après avec l’Année du Dragon, puis le Sicilien, la Maison des Otages et son dernier film en 1996 (!), Sunchaser. Jamais Cimino ne parvint à retrouver le succès après cette catastrophe.

Pourtant, même éreinté par la critique de l’époque, la Porte du Paradis restera comme un chef d’œuvre immense et l’un des plus grands films sur l’Amérique et sa naissance.

Dans le style caractéristique de Cimino, la Porte du Paradis prend le temps pour nous conter un terrible génocide de développer son récit, multipliant les scènes étirées au maximum, comme il l’avait fait par exemple avec la scène du mariage dans Voyage au Bout de l’Enfer. En effet, il s’écoule pas loin d’1h30 entre l’annonce de la liste des 150 cibles et le massacre. Multipliant également les ruptures de ton dans son récit, Cimino renforce la violence de certaines scènes. D’une durée de plus de 3h30, la Porte du Paradis est un opéra sanglant d’une noirceur loin du western traditionnel.

L’Amérique selon Cimino, c’est un pays contrôlé par l’argent avec une élite qui a la main sur tout et une majorité de pauvres, des immigrés, dont le massacre est couvert par la loi. Ce qui est certain, c’est que s’il y a bien une porte du Paradis, peu la franchiront.

Du très grand cinéma!

NOTE: 9.5/10