CRITIQUE: L’ASSASSIN

Alfredo Martelli est un être infâme, antiquaire de métier, qui ne rate aucune occasion pour asseoir sa situation économique. Un beau matin, celui-ci voit débarquer dans son appartement la police, le convoquant au commissariat où on l’accuse du meurtre d’Adalgisa de Matteis, une ancienne maîtresse, associée dans ses affaires. Durant le long et pénible interrogatoire, Alfredo se remémore certains passages de sa vie où il eut un comportement peu reluisant…

Grâce à Carlotta Films, nous pouvons découvrir en salles en version restaurée le premier film d’Elio Petri, cinéaste italien peu connu mais néanmoins très doué. Réalisé en 1961, « l’Assassin » reprend les recettes du film noir mais contient déjà tout ce qui fait la particularité du Cinéma de Petri, du moins ce qu’on en connaît en France à travers « Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon » et « la classe ouvrière va au paradis« , à savoir un propos contestataire et engagé.

Dans « l’Assassin », Petri livre une charge féroce, à travers l’histoire de cet antiquaire, coupable désigné de l’assassinat de sa maîtresse par la police, contre la justice et l’administration de son pays, ce qui constituera le sujet de son « Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon »! Individu peu recommandable, Alfredo est le coupable idéal pour les enquêteurs qui portent chaque élément, même anodin, à la charge de l’accusé, sans se soucier du ridicule. L’interrogatoire et l’enquête sont entrecoupés de flashbacks judicieusement amenés, comme ceux insérés dans une scène grâce à un simple travelling latéral. La mise en scène est donc brillante, le scénario malin, la musique de Piero Piccioni excellente et l’interprétation du duo Marcello Mastroianni/Micheline Presle au diapason!

Un vrai régal à courir voir en salles dès le 20 juin dans une copie de toute beauté!!!

LA NOTE: 9/10

LA CLASSE OUVRIERE VA AU PARADIS (1972)

Lulu Massa est un ouvrier modèle au sein de son usine. Il imprime un rythme échevelé à son travail et méprise les revendications de ses camarades syndicalistes. Il fait son travail, se motivant en pensant au derrière d’une de ses collègues. Quand un jour, il se coupe un doigt avec sa machine, tous les ouvriers lancent une grève en solidarité. Cet évènement va bousculer ses certitudes…

Un an après « enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon » qui traîtait de la corruption dans son pays, Elio Petri s’attaque donc en 1972 à une peinture au vitriol de l’économie et de l’industrie. La force du film et ce qui fait encore tout son intérêt est que quarante ans plus tard, rien n’a changé. La menace prend aujourd’hui la forme des délocalisations mais l’ouvrier est toujours au centre de cette machine à broyer. Peu connu, le film récemment ressorti en salles en copies neuves avait tout de même décroché la Palme d’or à Cannes et mérite d’être (re)découvert. L’interprétation de Gian Maria Volonte est comme toujours formidable et la partition de Morricone, elle très connue, nous emporte dès le générique. A voir en attendant enfin une édition dvd à l’automne 2011.