CRITIQUE: CHERCHEZ HORTENSE

Damien, professeur de civilisation chinoise, vit avec sa femme, Iva, metteur en scène de théâtre, et leur fils Noé. Leur histoire d’amour s’est enlisée dans une routine empreinte de lassitude. Pour éviter à une certaine Zorica d’être expulsée, Damien se trouve un jour piégé par Iva, qui le somme de demander l’aide de son père, conseiller d’État, avec lequel il entretient une relation plus que distante. Cette mission hasardeuse plonge Damien dans une spirale qui va bouleverser sa vie…

Quatre ans après « le Grand Alibi », « Cherchez Hortense » est le sixième opus de Pascal Bonitzer. Sur une toile de fond assez grave mêlant sujet d’actualité (les sans-papiers) et crise existencielle (relations amoureuses, relations père/fils), Bonitzer réalise une comédie d’une légèreté aérienne! Même si les évènements s’enchainent de façon assez prévisible, la finesse et la drôlerie des dialogues ainsi que le casting emportent tous les suffrages! Bacri récite sa partition de mari trompé en froid avec son père avec merveille et les autres sont au diapason (hilarant Claude Rich, parfaite Kristin Scott Thomas et excellente Isabelle Carré même si elle est un peu en retrait dans ce film). Autre réussite du film, la bande originale d’Alexei Aïgui est magnifique! Ce que la Comédie française fait de mieux!

LA NOTE: 7.5/10

 

CRITIQUE: LE HAVRE

Marcel Marx, ex-écrivain et bohème renommé, s’est exilé volontairement dans la ville portuaire du Havre où son métier honorable mais non rémunérateur de cireur de chaussures lui donne le sentiment d’être plus proche du peuple en le servant. Il a fait le deuil de son ambition littéraire et mène une vie satisfaisante dans le triangle constitué par le bistrot du coin, son travail et sa femme Arletty, quand le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d’Afrique noire.
Quand au même moment Arletty tombe gravement malade et doit s’aliter, Marcel doit à nouveau combattre le mur froid de l’indifférence humaine avec pour seules armes son optimisme inné et la solidarité têtue des habitants de son quartier. Il affronte la mécanique aveugle d’un Etat de droit occidental, représenté par l’étau de la police qui se resserre de plus en plus sur le jeune garçon refugié.
Il est temps pour Marcel de cirer ses chaussures et de montrer les dents.

Aki Kaurismäki signe avec « le Havre » l’un des films les plus réjouissants de cette fin d’année 2011 qui aurait mérité la Palme d’Or lors de dernier festival de Cannes.

Pour son premier film en France, le cinéaste finlandais décide de traîter d’un sujet d’actualité, les sans-papiers, mais sur un ton bien à lui. Même si l’action se déroule aujourd’hui chez nous, tout le décorum (voitures, mobilier, costumes…) semble tout droit sorti d’un film de Marcel Carné. Même la façon de parler des personnages, dans un Français un peu désuet, donne une tonalité absurde au film qui, au choix, réjouira la plupart ou déstabilisera les autres. Comme souvent chez Kaurismäki, on a droit à une belle collection de « gueules » et à la première apparition de Jean-Pierre Darroussin dans le rôle d’un flic tout melvillien. Kati Outinen est là pour la dixième fois avec son premier rôle en Français et l’impeccable André Wilms complète le casting de cette très jolie fable qui rend heureux! Courez-y!

CRITIQUE: WELCOME (2008)

Guy Ferrandis

Simon, ancien champion de natation, est maître nageur à la piscine de Calais. Sa femme, bénévole au sein d’une association qui nourrit les sans papiers, est en train de le quitter. Elle qui se bat tous les jours pour défendre cette noble cause le trouve lâche. L’occasion de se racheter à ses yeux se présente vite: Bilal, un jeune réfugié kurde demande à Simon de l’entraîner afin de réaliser son rêve. Il veut traverser la Manche pour retrouver sa fiancée installée à Londres.

L’aide que Simon va apporter à Bilal, au départ intéressée, va finalement devenir une évidence, une manière d’évacuer tous les echecs qu’a pu connaître Simon.

Philippe Lioret réalise ici un film bouleversant, plus que jamais d’actualité, alors qu’on débat de l’identité nationale et que l’immigration devient le cheval de bataille n°1 des politiques. Voilà un film qui nous fait nous interroger sur ce que nous sommes, sur notre conduite vis-vis de l’étranger et sur l’idée de terre d’accueil qu’on nous a longtemps vendu concernant notre beau pays.

Le trio d’acteurs est époustouflant, mené par un Vincent Lindon excellent comme souvent, Audrey Dana et le jeune Firat Ayverdi (nommé aux Césars) dont on devrait reparler.

Un des meilleurs films français de 2009!!!

CRITIQUE: LES INVITES DE MON PERE (2009)

UGC Distribution

Lucien est un retraité engagé. Ancien médecin, il s’investit auprès d’une association qui aide les sans papiers. Un jour, il apprend à ses enfants, Arnaud, avocat et « nouveau riche » comme il le dit lui-même et Babette, médecin qui a toujours voulu faire tout comme son papa, qu’il a décidé d’accueillir sous son toit une famille moldave. En guise de famille, il s’agit en fait d’une jeune mère au physique flatteur et sa fillette et en guise de coup de main c’est en fait de mariage qu’il est question à la grande surprise des enfants. Et ils ne sont pas au bout de leurs peines…

Deuxième long métrage d’Anne le Ny après le très réussi « ceux qui restent », la réalisatrice démontre une fois de plus un vrai talent aussi bien au niveau de l’écriture que de la direction d’acteurs. Et surtout, elle fait preuve d’une qualité et pas des moindre: elle sait nous parler de sujets graves mais avec beaucoup de légèreté et d’humour sans jamais aucun pathos. Ici, elle traite tout de même du désamour paternel, du manque de communication familial et du sort des sans-papiers mais sans jamais tomber dans la démonstration ni donner de jugements.

Et que dire du duo Karine Viard/Fabrice Lucchini, deux acteurs qui se sont rendus indispensables au Cinéma français.

Une très très belle réussite qui nous fait aimer la comédie.

LES INVITÉS DE MON PÈRE – BANDE-ANNONCE HD par baryla

LES MAINS EN L’AIR (2009)

Mars 2067, une femme, Milana, d’origine tchétchène, se souvient de son enfance. En 2009, elle est en classe de CM2 à Paris. Avec ses copains Blaise, Alice, Claudio, Ali et Youssef, elle se livre à de petits trafics de jeux vidéo piratés ou de bonbons. Un jour, Youssef, sans papiers, est expulsé. L’angoisse monte d’autant que Milana est elle aussi en situation irrégulière. La mère de Blaise accepte dans un premier temps d’héberger Milana afin de lui éviter une reconduite à la frontière. Le danger se faisant de plus en plus proche, la bande de copains décide de se cacher…

Dès le début du film, Goupil nous présente Milana, narratrice et personnage principal du film, en 2067. Cette trouvaille scénaristique donne tout de suite au film cet aspect engagé propre au réalisateur. Milana nous explique en effet comment l’on traiter les enfants à cette époque, la notre donc, même si elle ne se souvient plus qui était Président de la République à cette époque. Avec ce recul, le spectateur se trouve tout de suite dans la prise de conscience, avec ces classes surchargées et ces rafles pour expulser les sans-papiers adultes comme enfants.

Avec ce postulat de départ, Goupil nous présente ensuite cette bande de copains qu’on ne quittera plus jusqu’à la fin. A travers les yeux de ces enfants, c’est toute la cruauté de cette politique qui frappe le spectateur. D’autant que la vision des enfants est pure, dénuée de tout calcul, guidée uniquement par leurs sentiments.

Le plus cocasse dans le film , c’est d’avoir confié le rôle de la mère de Blaise, hyper engagée, à la belle-soeur de notre Président, Valéria Bruni-Tedeschi. Elle y est parfaite ainsi que son mari, incarné par Romain Goupil lui-même.

Un savoureux mélange entre « la guerre des boutons » et « welcome » empreint de tendresse et de drôlerie mais qui constitue un grand cri de révolte contre la politique d’immigration version Sarkozy. Tout simplement utile!