CRITIQUE: LE DERNIER ROI D’ECOSSE (2006)

Excellent film que ce « dernier roi d’Ecosse »! Kevin Mac Donald, qu’on connaît surtout pour avoir réalisé un documentaire sur la prise d’otages des athlètes israéliens à Munich, nous conte ici la relation du dictateur Idi Amin Dada avec son médecin personnel, un jeune docteur écossais. Ce dernier personnage est un personnage fictif qui nous permet d’approcher au plus près du despote. Le film démarre au tout début du règne du dictateur, attendu comme le messie par la population ougandaise. Ce jeune Ecossais croise alors la route d’Amin Dada et va devenir son médecin. Au départ, leur relation est idyllique, le chef d’état paraîssant même sympathique et attachant, et c’est la grande force du film. La prestation de Forrest Whitaker est en tous points remarquable; il sombre tout doucement vers la folie totale au grand désespoir de son jeune médecin qui ne sait plus comment se défaire de sa délicate mission. Le film passe en fait d’un sympathique itinéraire initiatique à une pure tragédie; le mélange entre faits réels et fiction est parfaitement réussi et l’interprétation (l’oscar de Whitaker est amplement mérité) de haute volée.

Forest Whitaker. Twentieth Century Fox France

Voilà donc un excellent film qui se regarde comme un thriller, cramponné à son fauteuil!

CRITIQUE: HARVEY MILK (2008)

SND

Le générique nous donne à voir le traitement hallucinant qui était réservé aux homosexuels américains dans les années 60/70 et nous donne un grand coup de poing d’entrée. Sitôt achevé, on découvre Harvey Milk, s’enregistrant au magnétophone; il se sent menacé et met toute son histoire sur bande tel un testament.

Il nous raconte donc durant ces deux heures, son combat pour la cause homosexuelle, qui fit de lui le premier élu américain ouvertement gay. On sait dès le début comment ça se termine; il sera assassiné comme il le pressentait, en 1978, après avoir empéché le vote de la résolution n°6 qui aurait interdit aux homosexuels d’exercer dans l’enseignement.

Gus Van Sant s’attaque ici au biopic, genre très prolifique outre-Atlantique, parfois au dépens de la qualité. Il réussit son pari haut la main en livrant un de ses films les plus accessibles avec Will Hunting, très loin de son insupportable Paranoid Park. Il s’agit en même temps peut-être de son film le plus personnel, étant lui même ouvertement homosexuel.

Dans son entreprise, ll est aidé par un casting éblouissant avec en tête un Sean Penn dont la prestation mérite tous les superlatifs. C’est bien simple, ll est méconnaissable tant il est habité par son personnage. L’oscar est amplement mérité pour un homme qui s’affirme comme le plus grand acteur américain du moment en plus d’un réalisateur très intéressant. A ses côtés, un très bon James Franco, un excellent Emile Hirsh qui confirme après son rôle dans « Into the wild » et un exceptionnel Josh Brolin (une fois de plus!) dans le rôle du conseiller qui assassine Milk et le Maire. Celui-ci transpire admirablement le mal-être et la jalousie de son personnage.

Enfin, en plus d’une très belle BO de Danny Elfman ponctuée de quelques tubes de l’époque, on a droit à une magnifique photo. Tous ces ingrédients nous donnent un film passionnant et très émouvant qui nous montre ce que nos édiles ont tendance à oublier, ce qu’est vraiment un combat politique, une lutte pour des idéaux (autres que personnels évidemment!).