CRITIQUE: LE HAVRE

Marcel Marx, ex-écrivain et bohème renommé, s’est exilé volontairement dans la ville portuaire du Havre où son métier honorable mais non rémunérateur de cireur de chaussures lui donne le sentiment d’être plus proche du peuple en le servant. Il a fait le deuil de son ambition littéraire et mène une vie satisfaisante dans le triangle constitué par le bistrot du coin, son travail et sa femme Arletty, quand le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d’Afrique noire.
Quand au même moment Arletty tombe gravement malade et doit s’aliter, Marcel doit à nouveau combattre le mur froid de l’indifférence humaine avec pour seules armes son optimisme inné et la solidarité têtue des habitants de son quartier. Il affronte la mécanique aveugle d’un Etat de droit occidental, représenté par l’étau de la police qui se resserre de plus en plus sur le jeune garçon refugié.
Il est temps pour Marcel de cirer ses chaussures et de montrer les dents.

Aki Kaurismäki signe avec « le Havre » l’un des films les plus réjouissants de cette fin d’année 2011 qui aurait mérité la Palme d’Or lors de dernier festival de Cannes.

Pour son premier film en France, le cinéaste finlandais décide de traîter d’un sujet d’actualité, les sans-papiers, mais sur un ton bien à lui. Même si l’action se déroule aujourd’hui chez nous, tout le décorum (voitures, mobilier, costumes…) semble tout droit sorti d’un film de Marcel Carné. Même la façon de parler des personnages, dans un Français un peu désuet, donne une tonalité absurde au film qui, au choix, réjouira la plupart ou déstabilisera les autres. Comme souvent chez Kaurismäki, on a droit à une belle collection de « gueules » et à la première apparition de Jean-Pierre Darroussin dans le rôle d’un flic tout melvillien. Kati Outinen est là pour la dixième fois avec son premier rôle en Français et l’impeccable André Wilms complète le casting de cette très jolie fable qui rend heureux! Courez-y!

CRITIQUE: WELCOME (2008)

Guy Ferrandis

Simon, ancien champion de natation, est maître nageur à la piscine de Calais. Sa femme, bénévole au sein d’une association qui nourrit les sans papiers, est en train de le quitter. Elle qui se bat tous les jours pour défendre cette noble cause le trouve lâche. L’occasion de se racheter à ses yeux se présente vite: Bilal, un jeune réfugié kurde demande à Simon de l’entraîner afin de réaliser son rêve. Il veut traverser la Manche pour retrouver sa fiancée installée à Londres.

L’aide que Simon va apporter à Bilal, au départ intéressée, va finalement devenir une évidence, une manière d’évacuer tous les echecs qu’a pu connaître Simon.

Philippe Lioret réalise ici un film bouleversant, plus que jamais d’actualité, alors qu’on débat de l’identité nationale et que l’immigration devient le cheval de bataille n°1 des politiques. Voilà un film qui nous fait nous interroger sur ce que nous sommes, sur notre conduite vis-vis de l’étranger et sur l’idée de terre d’accueil qu’on nous a longtemps vendu concernant notre beau pays.

Le trio d’acteurs est époustouflant, mené par un Vincent Lindon excellent comme souvent, Audrey Dana et le jeune Firat Ayverdi (nommé aux Césars) dont on devrait reparler.

Un des meilleurs films français de 2009!!!