CRITIQUE DVD: COFFRET WORLD CINEMA FOUNDATION

Ce coffret édité par Carlotta Films contient 4 classiques du patrimoine cinématographique mondial restaurés par la World Cinema Foundation, une association fondée par Martin Scorsese dans le but d’aider les pays en développement à préserver leurs trésors cinématographiques.

– LES REVOLTES D’ALVARADO de Fred Zinneman et Emilio Gomez Muriel (Mexique, 1936)

À Alvarado, le poisson fait cruellement défaut et les pêcheurs se trouvent démunis. Miro doit enterrer son fils qu’il n’a pas pu soigner. Quelques jours plus tard les poissons abondent soudain par centaines et le travail prospère à nouveau. Miro part en mer avec un groupe d’hommes engagés par Don Anselmo, un notable de mèche avec un politicien local. Mais, au retour, le salaire qu’on leur verse est ridicule. Indigné, Miro prend la tête d’un mouvement de contestation. Commence alors la révolte des pêcheurs…

Entièrement joué par des comédiens non-professionnels, le film alterne scènes sans paroles où l’on voit par exemple les pêcheurs au travail dans un style très documentaire et des scènes dialoguées pour faire avancer le récit. Les dernières ne sont pas les plus réussies se heurtant à l’amateurisme des comédiens, en particulier de l’interprète du patron des pêcheurs au jeu plus qu’approximatif! Le film vaut surtout pour certains plans d’une beauté sidérante et le message très politique qui font penser au cinéma d’Eisenstein. La restauration n’a pas permis de faire des miracles sur ce film tant l’original devait être abîmé, tâches et griffures envahissant l’écran!

En bonus, une interview passionnante de James Krippner, Professeur au Haverford College sur l’apport du photographe Paul Strand sur ce film. Et un court montage qui permet de voir l’apport de la restauration.

– LE VOYAGE DE LA HYENE de Djibril Diop Mambety (Sénégal, 1973)

Anta, une jeune fille des quartiers pauvres de Dakar, s’est amourachée de Mory, un gardien de troupeau qui conduit une moto ornée d’un crâne de vache. Au sein d’une société cruelle prise entre tradition et modernité, tous deux forment un couple de marginaux. Ils s’inventent des histoires pour s’évader et, face à la mer, rêvent de prendre un bateau qui les mènera en France. En route, tous les moyens sont bons pour trouver les ressources nécessaires : jeux d’argent, vol ou escroquerie…

Le cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambety dresse un portrait de la société sénégalaise de 1973 à travers les pérégrinations d’un jeune couple. La mise en scène très inspirée de Mambety et son montage dynamique nous entraînent à mi-chemin entre fantasme et réalité avec quelques scènes littéralement hypnotiques! Une belle découverte dans une copie impeccable!

Outre le petit montage sur la restauration, on trouve un entretien entre Wasis Diop, le frère de Mambety, et sa fille, Mati Diop qui reviennent sur le cinéaste !

– TRANSES d’Ahmed El Maanouni (Maroc, 1981)

Nass El Ghiwane est un groupe de musiciens marocains formé dans les années 1970 au cœur de l’un des quartiers pauvres de Casablanca. Mêlant grands thèmes traditionnels et incantations laïques, leur musique puise dans le creuset de la culture populaire. Les chansons racontent aussi bien les joies du monde qu’elles pleurent les poètes défunts, clamées au son de rythmes frénétiques. Au détour des rues comme dans les salles de concert bondées, l’explosion musicale déclenchée par Nass El Ghiwane met les foules en transe…

Transes, c’est  un peu le Buena Vista Social Club marocain! Alternant extraits de concerts et coulisses, c’est une découverte et un très beau documentaire plébiscité par Martin Scorsese qui s’est empressé de le faire restaurer afin qu’il continue à être diffusé! Et la copie est excellente!

Côté bonus, on trouve encore un montage qui permet de voir l’apport de la restauration et un documentaire de 21 mins avec Omar Sayed (membre du groupe Nass El Ghiwane), Ahmed El Maanouni (réalisateur et scénariste) et Izza Génini (productrice)  qui reviennent sur la formidable aventure de Transes, de sa production en 1980 jusqu’à sa restauration, orchestrée en 2007.

– LA FLUTE DE ROSEAU d’Ermek Shinarbaev (Kazakhstan, 1989)

Il y a longtemps, un poète s’opposa à son roi avec ces mots : « La poésie ne naît pas au son d’une exécution. » En 1905, dans la campagne coréenne, un instituteur est pris de rage et assassine l’une de ses élèves, la fille d’un vieux paysan qui lui avait refusé l’hospitalité. Ce dernier traque l’assassin jusqu’en Chine, mais, une fois arrivé face à lui, ne trouve pas la force de le tuer. De retour chez lui, le paysan décide de prendre une jeune concubine et met au monde un garçon, Sungu, qu’il élève dans un seul but : la vengeance…

Film surprenant, « la flûte de roseau », pour évoquer la diaspora coréenne, de nous conter une histoire de vengeance sur plusieurs décennies, découpée en petites fables. Sans doute le meilleur film du coffret!

En bonus, outre l’habituel module pour apprécier la restauration, on trouve une très intéressante interview du réalisateur qui revient entre autres sur la genèse du film.

VERDICT:

Une très belle initiative qui permet de découvrir des cinémas que l’on connaît moins ainsi que le travail de la fondation de Scorsese!

Disponible en coffret 4 DVD (39,99 euros) dès le 18 avril chez Carlotta Films et en DVD single pour le film « Transes » (14,99 euros).

 

CRITIQUE DVD: PARLEZ-MOI DE VOUS

LE FILM:

À 40 ans, Mélina est la voix la plus célèbre de France. Animatrice à la radio, la nuit à l’antenne elle résout les problèmes affectifs et sexuels des auditeurs avec impertinence, humour et sans tabou. Tout le monde connaît sa voix, mais personne ne connaît son visage. Dans la vie, elle évite tout contact et vit comme une vieille fille dans les beaux quartiers. Partie à la recherche d’une mère qu’elle n’a jamais connue, elle découvre que celle-ci vit au sein d’une famille nombreuse, en banlieue. Elle décide de s’approcher d’elle, incognito….

Pour son premier long métrage, Pierre Pinaud nous conte l’histoire d’une femme, dont la voix est connue de tous et qui, une fois le micro coupé tombe dans une solitude sans nom. Cette femme, en dehors de son émission de radio, n’a qu’un seul objectif, retrouver la femme qui l’a mise au monde et abandonnée pour peut-être apprendre à enfin vivre. Il a eu l’excellente idée de confier ce rôle à Karine Viard, l’une des meilleures actrices françaises à ce jour, qui brille dans l’émotion comme dans l’humour!  Mis en scène avec beaucoup de précision, le film navigue habilement entre comédie et drame, même si le scénario souffre parfois de creux.

Des premiers pas encourageants pour un réalisateur dont on devrait reparler!

Un DVD techniquement parfait!

LES BONUS:

Outre des bandes annonces, on trouve un commentaire audio du réalisateur et de la productrice et deux courts-métrages du réalisateur. L’un d’eux, « les petites miettes » est un film muet en NetB, ouvertement inspiré de Chaplin et Murnau et constitue un véritable chef d’oeuvre!

VERDICT:

Un DVD hautement recommandable que ce soit pour le film que pour ses bonus!

 

Disponible en DVD (19,99 euros) dès le 11 mai chez Diaphana Video