Critique: Mia Madre

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Réalisation Nanni Moretti
Scénario Nanni Moretti
Gaia Manzini
Chiara Valerio
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de l'Italie Italie
Genre dramatique
Durée 106 minutes
Sortie 2  décembre 2015

 

Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film dont le rôle principal est tenu par un célèbre acteur américain. À ses questionnements d’artiste engagée, se mêlent des angoisses d’ordre privé : sa mère est à l’hôpital, sa fille en pleine crise d’adolescence. Et son frère, quant à lui, se montre comme toujours irréprochable… Margherita parviendra-t-elle à se sentir à la hauteur, dans son travail comme dans sa famille ?

C’est pendant le tournage d' »Habemus Papam », son dernier film, alors qu’il perdait sa mère, que Nanni Moretti eu l’idée de « Mia Madre ». S’il joue dans son film, Moretti confie le rôle principal à Margherita Buy, celui d’une réalisatrice que la mort de sa mère va chambouler alors qu’elle est en plein tournage. C’est un peu son rôle qu’il a confié à l’actrice, se contentant d’occuper un rôle secondaire, celui du frère qui va bien et qui assume, l’antithèse de ce qu’il est vraiment. On suit donc ici Margherita, réalisatrice en plein tournage très exigeant avec une star capricieuse et inefficace obligée de faire des allers-retours entre le plateau et la chambre d’hôpital de sa mère mourante. Le lent départ de la mère va tout remettre en perspective et faire comprendre à la fille ses manquements (son comportement irritant sur les tournages, les histoires d’amour de sa fille dont elle est la seule à ne rien savoir…).

Souvent burlesque, notamment lors des scènes avec John Turturro, désopilant dans l’un de ses tout meilleurs rôles, Mia Madre sait comme toujours chez Moretti saisir de petits instants de vie à peine esquissés et si lourds de sens et dégager une émotion intense. L’un des grands films de cette année reparti inexplicablement bredouille de Cannes!

4.5

LETTRE A PHILIP SEYMOUR HOFFMAN (1967-2014)

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Cher Philip ou cher Philip Seymour (parce que j’ai jamais vraiment su si Seymour ça faisait partie de ton prénom ou de ton nom!),

Si je t’écris aujourd’hui c’est surtout pour t’engueuler! La première fois que j’ai vu ta trogne, c’était au cinéma dans Boogie Nights en 1997! Outre la découverte d’un réalisateur génial, Paul Thomas Anderson, je t’ai remarqué dans le rôle de Scotty J. Faut que je t’avoue quelque chose, c’est vrai que, à part Audrey Fleurot, j’aime pas tellement les roux et quand je t’ai vu, je me suis dis, comme le major Dutch, « t’as pas une gueule de porte-bonheur »! En plus tu doutais de rien à essayer de rouler une pelle à Mark Wahlberg! Malgré ton visage pas très gracieux et ta coiffure improbable, je n’ai pu que constater que tu te débrouillais pas mal du tout dans ce second rôle pas évident.

Second rôle, c’est d’ailleurs un peu ton destin car tu es de ces acteurs dont tout le monde se rappelle du visage mais jamais du nom. Quelques temps plus tard je t’ai vu à nouveau cette fois chez les frères Coen dans The Big Lebowski, preuve que tu choisis bien tes films. Tu y avais un petit rôle de secrétaire de M.Lebowski, petit mais marquant également. Puis à nouveau chez Anderson dont tu sembles être la muse avec ce rôle d’infirmier, Phil Parma, dans Magnolia. Malgré des orientations affirmées vers le cinéma d’auteur, tu apportes une valeur ajoutée à certains films plus grand public: on te voit dans Docteur Patch, Dragon Rouge ou Mission Impossible 3. Les années passent et tu t’installes dans le cinéma américain allant même jusqu’à rafler la récompense suprême, un Oscar du meilleur acteur, pour ta prestation hallucinante dans Truman Capote au nez et à la barbe de ton pote Joaquin Phoenix.

En 2007, je t’ai adoré dans la Famille Savage parce que ce rôle de fils confronté à la fin de vie d’un père pas vraiment exemplaire résonnait en moi de façon très personnelle. Ces dernières années ta carrière prenait vraiment de l’ampleur avec des prestations de grande classe comme dans les Marches du Pouvoir, Le Stratège et bien sûr the Master dans lequel tu jouais une espèce de gourou terrifiant. Et là j’attendais avec impatience de te découvrir dans le film d’Anton Corbijn, Un Homme très recherché, que tu venais de présenter à Sundance.

Si je suis à la fois très en colère et très triste depuis hier soir, tu n’y es pas pour rien! T’as eu des problèmes d’héroïne jusqu’à l’âge de 22 ans mais apparemment c’était réglé, tu avais vaincu tes démons. Tu construis une carrière riche, hétéroclite et extrêmement ambitieuse, tu réussis à séduire les cinéphiles et le grand public, tu décroches le graal et sur le plan privé tu trouves l’amour et fais trois enfants. Si tu habites tous tes personnages, tu y parviens sans recourir au poison et soudain tu rechutes. Mais pourquoi? T’as pensé à ta famille et à tous ceux qui t’admirent? Et t’as pensé à moi? Moi qui suis né le même jour que toi (à 10 ans d’intervalle certes), ce qui fait de nous quasiment des jumeaux?

T’as gagné! Tu fais des malheureux, tu laisses les beaux gosses d’Hollywood Leo, Mathew et les autres au pouvoir, tu fais un gros vide dans le cinéma américain et tu vas un peu gâcher tous mes anniversaires!

Malgré tout, je ne t’en veux pas et te souhaite un bon repos…

R.I.P.