CRITIQUE: LA VERSION RESTAUREE DE « LA GRANDE ILLUSION »

 

Le 15 février prochain sortira sur les écrans grâce à Carlotta et à Studiocanal une version restaurée de « la Grande Illusion » de Jean Renoir.

Première Guerre mondiale. Deux soldats français sont faits prisonniers par le commandant von Rauffenstein, un Allemand raffiné et respectueux. Conduits dans un camp de prisonniers, ils aident leurs compagnons de chambrée à creuser un tunnel secret. Mais à la veille de leur évasion, les détenus sont transférés. Ils sont finalement emmenés dans une forteresse de haute sécurité dirigée par von Rauffenstein. Celui-ci traite les prisonniers avec courtoisie, se liant même d’amitié avec Boeldieu. Mais les officiers français préparent une nouvelle évasion.

Tout a été dit sur l’un des plus grands films de l’Histoire du Cinéma! Renoir réalise en 1937, à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale un palpitant film d’évasion en même temps qu’une formidable aventure humaine. Mais « la Grande Illusion » est avant tout une magnifique fable humaniste superbement mise en scène réunissant une troupe d’acteurs d’exception: Gabin, Von Stroheim, Pierre Fresnay, Carette ou encore Marcel Dalio.

Un authentique chef d’oeuvre à redécouvrir en salles ou en Blu-ray chez Studiocanal (dès le 21 février) dans une version restaurée époustouflante où image et son n’ont jamais parus aussi purs. Une grande réussite!

Quelques mots sur la restauration:

Au milieu des années 1970, le Gosfilmofond (archives nationales russes) décide de confier à la Cinémathèque de Toulouse le négatif original nitrate de

La Grande Illusion. Ce choix est le résultat d’une collaboration unique menée par les deux archives depuis 1965, fondée sur une relation d’amitié et de confiance qui rend possible une politique d’échanges riches et réguliers.

La restauration des Archives françaises du film, du CNC et de Studiocanal, réalisée en 1997, avait permis de générer un marron, élément de sécurité, et des éléments de tirage image et son, afin que le film continue d’être vu et exploité dans sa version originale, fidèle au montage initial voulu par Jean Renoir.

En 2011, Studiocanal et la Cinémathèque de Toulouse décident de restaurer le film en numérique mais avec les techniques du

XXIe siècle. Le négatif nitrate a été numérisé et restauré en 4K par le laboratoire L’Immagine Ritrovata (Bologne) permettant ainsi de retrouver une image originelle.

Ensuite l’élément a été restauré et étalonné. Un retour au film de cet élément restauré en 4K permettra de conserver le film pendant au moins un siècle.

Le son a bénéficié d’une restauration particulière. Le négatif son variable nitrate a été scanné permettant une restauration du son plus pointue due à cette nouvelle technologie.

En conclusion, l’élément original doit être conservé et une restauration ne doit jamais être figée. Elle fixe les technologies pendant un siècle, mais d’autres apports technologiques à venir pourront améliorer la restauration et la conservation.

par

Béatrice Valbin-Constant,

directrice technique de Studiocanal

CRITIQUE: BOULEVARD DU CREPUSCULE (1949)

J’ai vu pour la première fois hier soir un film absolument magnifique qui confirme tout le bien que je pense de son réalisateur Billy Wilder, à qui l’on doit entre autres « la Garçonnière », « Certains l’aiment chaud » « embrasse-moi idiot » ou encore « 7 ans de réflexion ».

Une star du cinéma muet, interprétée par une époustouflante Gloria Swanson, vit recluse dans sa villa en compagnie de son seul majordome (Erich Von Stroheim) qui fut par ailleurs son premier mari et son metteur en scène. Le cinéma est devenu parlant et elle fait partie de ces nombreux acteurs que cette évolution a fait disparaître. Un jeune scénariste en manque d’argent se retrouve dans cette maison à la suite d’une panne de voiture et va être embauché pour travailler à l’écriture du film qui relancera la carrière de la star déchue: « Salomé ». Il deviendra son amant puis s’en éloignera progessivement, fuyant la folie dans laquelle elle plonge progressivement.

Wilder signe ici un magnifique hommage au cinéma et en particulier au passage du muet au parlant comme l’avait fait Stanley Donen avec « Chantons sous la pluie ».  Il signe en même temps une satyre sur Hollywood et le star-system. En tout cas, un des joyaux du cinéma américain de l’après-guerre qui de plus n’a pas pris une ride