CRITIQUE: RESERVOIR DOGS, PREMIERS PAS D’UN GENIE

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Après un hold-up manqué, des cambrioleurs de haut vol font leurs comptes dans une confrontation violente, pour découvrir lequel d’entre eux les a trahis.

Après 20 ans de carrière et quelques semaines après la sortie de son chef d’oeuvre, Django Unchained, il est amusant de revenir sur le premier long métrage de l’enfant terrible du cinéma hollywoodien, Quentin Tarantino. Quand Reservoir Dogs débarque sur la Croisette en 1992, tous les cinéphiles savent qu’ils découvrent un réalisateur hors du commun.

Plusieurs choses surprennent par-dessus tout: son goût pour une violence extrême qui voit l’écran se teinter de rouge à de nombreuses reprises, l’audace narrative dont il fait preuve n’hésitant pas à éclater son récit et enfin son sens du dialogue et ce, dès la première scène lors de laquelle les gangsters dissertent autour de leur petit déjeuner sur le sens profond de la chanson de Madonna « Like a Virgin ».

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D’autres éléments s’avèreront annonciateurs de ce que sera la suite de la carrière de celui que l’on nommera QT:

– l’Amour du film de genre et l’hommage permanent qu’il lui rend.

En effet, Tarantino choisit pour son premier film de réaliser un pur film de braquage, mais en déstructurant son récit. Alors que les nombreux films dont il s’inspire suivent à peu près le même schéma (recrutement, préparation, casse, conclusion), Tarantino alterne le présent (les conséquences d’un hold-up foireux!) et la passé avec des séquences lors desquelles on voit le recrutement de chaque membre, l’objet de son scénario étant de savoir lequel de ces membres peut-il bien être une taupe! Tout en retravaillant ce matériau de base, il parsème son film de divers hommages parmi le cinéma hong-kongais (notamment Ringo Lam ou John Woo), le western spaghetti (la scène finale avec les trois personnages qui se braquent très fortement inspirée du Bon, la Brute et le Truand), et différents films comme les Pirates du Métro (le nom des gangsters) ou l’Ultime Razzia de Kubrick (pour le récit déstructuré).

– L’Hommage à la culture populaire

Dès la scène d’ouverture et cette discussion de quasiment 5 minutes sur le sens profond de Like A Virgin, QT imprime tout de suite sa marque de fabrique. Dans ses films, les personnages y parleront musique, films, mode ou série TV.

– Des bandes originales composées de morceaux piochés dans sa collection de vinyles

Dans cet opus, Tarantino a concoté une BO intégralement composée de morceaux des années 70 dont ressortent particulièrement Little Green Bag de George Baker ou Stuck in the Middle with You de Stealers Wheel, ce dernier rythmant l’une des scènes de torture les plus marquantes de l’histoire du Cinéma.

– L’Amour des acteurs et une volonté de composer des castings hétéroclites (anciennes gloires et stars montantes)

Ici, QT réunit Lawrence Tierney ( comédien assez prolifique dans les 40’s et 50’s), Harvey Keitel (un peu dans le creux de la vague à l’époque) et une ribambelle de comédiens qui exploseront à ce moment-là comme Tim Roth, Steve Buscemi, Michael Madsen ou Chris Penn.

Enfin, détail amusant, qu’on ne peut que remarquer avec du recul, Reservoir Dogs est truffé de clins d’oeil aux films suivants du réalisateur:

– Les costumes des personnages sont identiques à ceux de Travolta et Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction,

– le vrai nom du personnage interprété par Michael Madsen est Vega comme celui interprété par Travolta dans Pulp Fiction,

– les braqueurs parlent de Pam Grier en voiture, actrice que QT fera jouer dans Jackie Brown,

– on y parle également d’une dénommée Alabama, nom du personnage interprété par Patricia Arquette dans True Romance (film de Tony Scott écrit par QT)

– L’agent de probation du personnage interprété par Michael Madsen est Scagnetti comme l’un des personnages de Tueurs Nés (autre scénario de QT)

Premier film très réussi, le film de QT a eu le mérite d’inspirer toute une génération de chiens fous avec plus ou moins de réussite. Dans cette nouvelle brèche se sont engouffrés Roger Avary, Robert Rodriguez, Inarritu,…

Disponible en blu-ray (14.99 euros) chez Metropolitan

CRITIQUE: DJANGO UNCHAINED

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Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le Dr King Schultz, un chasseur de primes allemand, fait l’acquisition de Django, un esclave qui peut l’aider à traquer les frères Brittle, les meurtriers qu’il recherche. Schultz promet à Django de lui rendre sa liberté lorsqu’il aura capturé les Brittle – morts ou vifs.
Alors que les deux hommes pistent les dangereux criminels, Django n’oublie pas que son seul but est de retrouver Broomhilda, sa femme, dont il fut séparé à cause du commerce des esclaves…
Lorsque Django et Schultz arrivent dans l’immense plantation du puissant Calvin Candie, ils éveillent les soupçons de Stephen, un esclave qui sert Candie et a toute sa confiance. Le moindre de leurs mouvements est désormais épié par une dangereuse organisation de plus en plus proche… Si Django et Schultz veulent espérer s’enfuir avec Broomhilda, ils vont devoir choisir entre l’indépendance et la solidarité, entre le sacrifice et la survie…

En vingt ans de carrière, Quentin Tarantino dresse une filmographie en forme d’hommage: après avoir honoré le film de braquage (Reservoir Dogs), les romans « pulp » (Pulp Fiction), les films de blaxploitation (Jackie Brown), le chambara (Kill Bill), les séries B présentées en double programme (Boulevard de la mort qui devait être projeté au départ avec Planète Terreur de Rodriguez) ou encore le film de guerre (Inglourious Basterds) tout en faisant très souvent référence au western, il était logique que QT réalise enfin SON western, si possible à tendance spaghetti lorsqu’on connaît son amour pour ce genre et pour Sergio Corbucci en particulier.

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S’inspirant d’ailleurs  de ce dernier, jusqu’au nom de son héros et son thème musical, les premières minutes du film montrent, sur la célèbre musique de Luis Bacalov, non pas un Blanc trainant un cercueil mais un groupe d’exclaves noirs, enchaînés, encadrés par deux cowboys blancs. L’un de ces esclaves est Django! On retrouvera également une histoire de vengeance et des hommes encagoulés mais l’histoire reste très éloignée du film de Corbucci, écartant complètement l’idée de remake.

QT a choisi, pour son western, de nous parler de l’esclavage aux Etats-Unis en situant son  histoire deux ans avant la Guerre de Sécession. Outre le western spaghetti pur, c’est carrément un buddy movie que nous propose le cinéaste avec cette association improbable entre Django l’esclave et le Dr King Schultz, chasseur de primes allemand, qui vont faire équipe, l’un pour tuer une bande de malfrats que seul Django connaît, l’autre pour retrouver sa femme Broomhilda, aux mains du sadique Candie!

Comme toujours chez Tarantino, on retrouve un cinéma ultra référencé, de longues scènes de dialogues toujours très inventifs, des flambées de violence intense (des geysers de sang inondent l’écran à plusieurs reprises notamment lors d’un gunfight d’anthologie),  une bande originale composée d’emprunts variés(on retrouve ici Morricone, Bacalov, 2pac) et des numéros d’acteurs souvent épatants.

Avec ce Django Unchained, QT multiplie les scènes très dialoguées mais jamais inutilement, défaut que l’on pouvait parfois lui attribuer notamment dans Kill Bill 2 ou Boulevard de la Mort. Et l’inventivité de ses dialogues est tout au long du film ahurissante, notamment lors d’une scène où les membres du KKK discutent de la qualité de leurs cagoules et de leur aspect pratique! Côté mise en scène, il ne cherche jamais à singer les tics du western spaghetti, s’accordant juste le plaisir de quelques zooms rapides bien sentis, et propose certains plans d’une beauté rare. Quant à l’interprétation, QT nous offre un quatuor d’acteurs merveilleux: Christoph Waltz (chasseur de primes allemand dont la rare éloquence précède souvent à la mort de l’interlocuteur), Jamie Foxx (Django, exclave libéré en quête de vengeance), DiCaprio (en esclavagiste au sadisme effrayant) et Samuel L.Jackson (maître de maison converti aux pensées racistes de son maître).

Sur un sujet fort, Quentin Tarantino réalise donc ici un pur chef d’oeuvre et son meilleur film à ce jour. 2h45 de génie et de plaisir de la part d’un cinéaste cinéphile! Galopez-y!

NOTE: 9.5/10