CRITIQUE: THE KILLER INSIDE ME (2010)

Lou est policier dans une petite bourgade américaine. Sous des dehors très lisses, très polis, très calmes, sommeille une bête capable d’accès de violence soudains et sans limites, surtout avec les femmes qu’il aime. Alors que les morts s’accumulent autour de lui, l’étau se resserre petit à petit…

Présenté dans divers festivals comme celui de Sundance, le film fait couler beaucoup d’encre en raison de scènes d’une violence insoutenable. De nombreuses personnes ont à chaque fois quitté la salle avant la fin du film. Michael Winterbottom, à qui l’on doit des films très différents comme  « un coeur invaincu », « 9 songs » ou « Jude », adapte ici un roman de Jim Thompson de 1952, considéré comme un des plus choquants de la littérature américaine. Pour cela, il fait confiance à Casey Affleck, absolument terrifiant dans ce rôle, qui confirme qu’il est un des acteurs les plus talentueux de sa génération. Les femmes de Lou sont interprétées par Jessica Alba (dont la beauté en prend un sacré coup au sens propre comme au figuré!) et Kate Hudson.

Le personnage de Lou est passionnant de par ses deux facettes. Au quotidien, on est loin du prototype de l’homme violent, calme, bien élevé, alors qu’il peut le devenir sans jamais perdre son sang froid . Et puis, quand l’orage est passé, on l’entend s’excuser: « je suis désolé! » Les femmes qu’il fréquente, curieusement, acceptent ses changements de comportements et supportent ses coups, sans chercher à fuir.

Nombreux sont ceux qui reprochent au film ses scènes insoutenables, ce à quoi Winterbottom répond qu’en poussant cette violence à son paroxysme, il entend justement ne pas la banaliser. Il est vrai qu’on ne peut prendre plaisir à ces scènes à moins d’être complètement malade!

Un film qu’on est pas prêt d’oublier!

SIN NOMBRE (2009)

Diaphana Films

Au Mexique, Casper est membre du tristement célèbre gang de la « Mara Salvatrucha » qui possède des ramifications dans tout le continent. Alors que son chef assassine l’amour de sa vie, Casper le tue à son tour et n’a d’autre choix que quitter son pays par le train qui remonte vers le Nord. Il est banni à tout jamais se retrouve traqué comme une bête sauvage. Sur ce train, il fera la connaissance de la jeune Sayra qui, avec son père et son oncle, souhaite rejoindre elle aussi les Etats-Unis. Casper et Sayra, tous les deux, fuient leur pays ainsi que la misère et la violence qui les rongent…

Voilà un premier film passé quasi inaperçu en France alors qu’il a raflé pas mal de prix aux quatre coins du monde. On notera entre autres le prix du meilleur réalisateur à Sundance pour le jeune Cary Fukunaga ou encore le prix du jury du festival de Deauville en 2009 ex-aequo avec « Precious ». De quoi éveiller ma curiosité et grand bien m’en a pris.

A la fois thriller, road movie, film social et histoire d’amour, « sin nombre » gagne sur tous les tableaux. Le film est prenant, le voyage en train offre de magnifiques paysages et surtout l’aspect documentaire est très réussi. Le phénomène des maras est extrêmement bien dépeint faisant du film un parfait complément du documentaire de Christian Poveda « la Vida Loca » , qui s’attachait à décrire le quotidien des adversaires de la Mara Salvatrucha, la Mara 18. Certaines scènes du film font véritablement froid dans le dos, notamment celle dans laquelle le chef de la mara met en place l’assassinat d’un homme tout en portant son nouveau-né dans les bras. D’autre part, le film retranscrit assez bien les épreuves que traversent les migrants d’Amérique du Sud dans leur périple vers le Nord; Fukunaga a d’ailleurs rencontré des personnes mutilées suite à leur chute du train sans avoir atteint leur but. Et l’on ne peut que saluer son courage d’avoir mener ce travail d’investigation au sein même de la mara, ce qui coûta la vie à Poveda.

En tout cas, le film bénéficia d’un soutien de poids, avec l’aide de Diego Luna, acteur et réalisateur du très beau Abel et de Gael Garcia Bernal et ils ne sont pas trompé: c’est un premier film utile, marquant et qui révèle un vrai talent, Cary Fukunaga!