LA VIDA LOCA (2008)

Ciné Classic

Christian Poveda, journaliste franco-espagnol, s’est immergé pendant plus de deux ans au sein d’un des deux gangs qui règnent au Salvador, la Mara 18…

Ce document brut, violent, nous montre le quotidien de ces jeunes gens entre trafics, extorsion, enterrement des leurs tombés sous les balles mais aussi tentatives de réinsertion à travers, par exemple, cette boulangerie qui donnera à certains l’impression d’être utiles. Poveda brosse à travers ce gang le portrait d’un pays à feu et à sang qui ne s’est jamais remis de la guerre civile qui le frappa dans les années 80. La fatalité qui se dégage du film n’est que renforcée par son triste épilogue: Christian Poveda paya de sa vie son travail quelques temps après la sortie du film, certainement assassiné par certains membres de la Mara 18 en quête de pouvoir.

Le film est donc remarquable à deux points de vue: son sujet passionnant et effrayant, et l’immersion de son auteur, jusqu’à la mort.

Un très grand documentaire que le dvd complète à merveille grâce au sujet de l’émission « envoyé spécial » sur l’enquête qui a suivi l’assassinat de Poveda et une interview du réalisateur qui montre un homme passionné qui avait de son sujet sa raison de vivre.

SIN NOMBRE (2009)

Diaphana Films

Au Mexique, Casper est membre du tristement célèbre gang de la « Mara Salvatrucha » qui possède des ramifications dans tout le continent. Alors que son chef assassine l’amour de sa vie, Casper le tue à son tour et n’a d’autre choix que quitter son pays par le train qui remonte vers le Nord. Il est banni à tout jamais se retrouve traqué comme une bête sauvage. Sur ce train, il fera la connaissance de la jeune Sayra qui, avec son père et son oncle, souhaite rejoindre elle aussi les Etats-Unis. Casper et Sayra, tous les deux, fuient leur pays ainsi que la misère et la violence qui les rongent…

Voilà un premier film passé quasi inaperçu en France alors qu’il a raflé pas mal de prix aux quatre coins du monde. On notera entre autres le prix du meilleur réalisateur à Sundance pour le jeune Cary Fukunaga ou encore le prix du jury du festival de Deauville en 2009 ex-aequo avec « Precious ». De quoi éveiller ma curiosité et grand bien m’en a pris.

A la fois thriller, road movie, film social et histoire d’amour, « sin nombre » gagne sur tous les tableaux. Le film est prenant, le voyage en train offre de magnifiques paysages et surtout l’aspect documentaire est très réussi. Le phénomène des maras est extrêmement bien dépeint faisant du film un parfait complément du documentaire de Christian Poveda « la Vida Loca » , qui s’attachait à décrire le quotidien des adversaires de la Mara Salvatrucha, la Mara 18. Certaines scènes du film font véritablement froid dans le dos, notamment celle dans laquelle le chef de la mara met en place l’assassinat d’un homme tout en portant son nouveau-né dans les bras. D’autre part, le film retranscrit assez bien les épreuves que traversent les migrants d’Amérique du Sud dans leur périple vers le Nord; Fukunaga a d’ailleurs rencontré des personnes mutilées suite à leur chute du train sans avoir atteint leur but. Et l’on ne peut que saluer son courage d’avoir mener ce travail d’investigation au sein même de la mara, ce qui coûta la vie à Poveda.

En tout cas, le film bénéficia d’un soutien de poids, avec l’aide de Diego Luna, acteur et réalisateur du très beau Abel et de Gael Garcia Bernal et ils ne sont pas trompé: c’est un premier film utile, marquant et qui révèle un vrai talent, Cary Fukunaga!