CRITIQUE: LES AMANTS PASSAGERS

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Des personnages hauts en couleurs pensent vivre leurs dernières heures à bord d’un avion à destination de Mexico.
Une panne technique (une sorte de négligence justifiée, même si cela semble contradictoire ; mais, après tout, les actes humains le sont) met en danger la vie des personnes qui voyagent sur le vol 2549 de la compagnie Península. Les pilotes s’efforcent de trouver une solution avec le personnel de la tour de contrôle. Le chef de la cabine et les stewards sont des personnages atypiques et baroques, qui, face au danger, tentent d’oublier leur propre désarroi et se donnent corps et âme pour que le voyage soit le plus agréable possible aux passagers, en attendant que la solution au problème soit trouvée. La vie dans les nuages est aussi compliquée que sur terre, pour les mêmes raisons, qui se résument à deux mots : « sexe » et « mort ».
Les passagers de la Classe Affaire sont : un couple de jeunes mariés, issus d’une cité, lessivés par la fête du mariage ; un financier escroc, dénué de scrupules, affligé après avoir été abandonné par sa fille ; un don juan invétéré qui a mauvaise conscience et qui essaie de dire au revoir à l’une de ses maîtresses ; une voyante provinciale ; une reine de la presse du cœur et un Mexicain qui détient un grand secret. Chacun d’eux a un projet de travail ou de fuite à Mexico. Ils ont tous un secret, pas seulement le Mexicain.
La vulnérabilité face au danger provoque une catharsis générale, aussi bien chez les passagers qu’au sein de l’équipage. Cette catharsis devient le meilleur moyen d’échapper à l’idée de la mort. Sur fond de comédie débridée et morale, tous ces personnages passent le temps en faisant des aveux sensationnels qui les aident à oublier l’angoisse du moment.

Passé maître dans l’art de se situer là où l’on ne l’attend pas, Almodovar avait surpris son monde en mettant fin à une série de mélodrames entamée avec Tout Sur Ma Mère pour un thriller avec l’excellent La Piel Que Habito. Montrant de réelles dispositions pour ce genre, il nous prend à nouveau à contre-pied en revenant à un genre qui le fit connaître, la comédie déjantée à forte teneur sexuelle!

En plus de trente ans de carrière, Almodovar a rarement déçu et nous avait habitués à un haut degré d’exigence que malheureusement ce nouvel opus est loin d’atteindre.

On y retrouve certes une troupe de comédiens qui représente le gratin du cinéma ibère, notamment Carlos Areces (qu’on a découvert dans Balada Triste), Raul Arevalo (Balada Triste également), Javier Camara (Parle avec Elle ou encore La Mauvaise Education…), Lola Duenas (Parle avec Elle, Etreintes Brisées, Volver…), Cecilia Roth (Tout sur ma mère, Parle avec Elle…), la magnifique Blanca Suarez (la Piel Que Habito) et les caméos de Banderas et Penelope Cruz, et l’on retrouve évidemment le grain de folie qu’on aime chez Almodovar. Mais ces Amants Passagers pêchent avant tout au niveau du scénario qui, malgré la bonne idée de la métaphore sur la crise espagnole à travers cet avion qui tourne en rond et dont on aurait drogué la classe éco pour lui éviter la catastrophe, ne parvient jamais à décoller. On ne quitte malheureusement jamais les histoires de sexe, d’alcool et de drogue entre les membres de l’équipage et les passagers de la première classe. Ce n’est pas la seule incursion hors de l’appareil avec une histoire de téléphone en guise de cheveu sur la soupe qui redonne de l’intérêt au film.

Outre le casting sympa, on se réjouira du talent d’Almodovar dans l’utilisation de sa caméra dans un espace restreint et d’un numéro musical hilarant sur un tube des Pointer Sisters mais ça ne sauve pas le film d’un crash inévitable!

NOTE: 4/10

 

CRITIQUE: LA PIEL QUE HABITO

Depuis que sa femme a été victime de brûlures dans un accident de voiture, le docteur Robert Ledgard, éminent chirurgien esthétique, se consacre à la création d’une nouvelle peau, grâce à laquelle il aurait pu sauver son épouse. Douze ans après le drame, il réussit dans son laboratoire privé à cultiver cette peau : sensible aux caresses, elle constitue néanmoins une véritable cuirasse contre toute agression, tant externe qu’interne, dont est victime l’organe le plus étendu de notre corps. Pour y parvenir, le chirurgien a recours aux possibilités qu’offre la thérapie cellulaire. Outre les années de recherche et d’expérimentation, il faut aussi à Robert une femme cobaye, un complice et une absence totale de scrupules. Les scrupules ne l’ont jamais étouffé, il en est tout simplement dénué. Marilia, la femme qui s’est occupée de Robert depuis le jour où il est né, est la plus fidèle des complices. Quant à la femme
cobaye…

Deux ans après le magnifique « étreintes brisées » et pour son dix-huitième long-métrage, Pedro Almodovar se lance dans le thriller. Ici point de décors et de costumes aux couleurs bigarées et de l’humour à toute petite dose; place à une certaine sobriété que ce soit dans la mise en scène, la photo ou le jeu des comédiens. Le style Almodovar est présent comme souvent à travers un scénario à surprises, succession de flash-backs et de flash-forwards jusqu’au dénouement qui en traumatisera beaucoup. Le génial réalisateur espagnol se permet au passage de citer Hitchcock, notamment Rebecca avec sa gouvernante ou encore Georges Franju et ses « yeux sans visage » à travers le sujet même du film. La mise en scène, brillante, est un merveilleux écrin pour l’interprétation de Banderas qu’on pensait perdu pour le Cinéma et de Marisa Paredes excellente dans le rôle de la gouvernante. Et comme d’habitude, Almodovar filme ses comédiennes comme personne notamment la très belle Elea Anaya qu’on avait déjà vue dans « parle avec elle ». Et tout ça sur une superbe bande originale d’ Alberto Iglesias.

Brillant, angoissant, horrifiant, un très grand Almodovar!