CRITIQUE: SUR LA PLANCHE

Tanger – Aujourd’hui, quatre jeunes femmes de vingt ans travaillent pour survivre le jour et vivent la nuit. Elles sont ouvrières réparties en deux castes : les textiles et les crevettes. Leur obsession : bouger.
« On est là » disent-elles. De l’aube à la nuit la cadence est effrénée, elles traversent la ville. Temps, espace et sommeil sont rares. Petites bricoleuses de l’urgence qui travaillent les hommes et les maisons vides.
Ainsi va la course folle de Badia, Imane, Asma et Nawal…

Dans ce premier long métrage de Leila Kilani, le personnage principal c’est Tanger et plus particulièrement sa zone franche, zone portuaire très sécurisée où les jeunes filles affluent de tout le Maroc pour trouver du travail. Elles y sont soit « textile », soit « crevette », la seconde catégorie étant la moins valorisante: les filles épluchent des crevettes toute la journée, payées au kilo, véhiculant une odeur pestilencielle dont elles ne se débarassent jamais faute d’avoir une douche chez soi. La seule échappatoire pour les quatre jeunes filles, voler les garçons rencontrés le soir et revendre pour se faire un peu d’argent. Les coups de plus en plus importants, les filles vont se mettre en danger.

Sur un style très proche du documentaire, la réalisatrice dépeint une société marocaine en pleine évolution, loin des clichés en particulier sur la femme orientale et sa soumission. Tourné caméra à l’épaule, « sur la planche » est un vrai film social mais aussi un authentique film noir dont on pressent dès le début que cela va mal finir. Ponctué des monologues étranges de Badia, « Sur la planche » pourrait être un mélange des films de Jacques Audiard pour le climat et d’Abdellatif Kechiche pour la direction d’acteurs et les dialogues.

Loin d’être parfait, le film de Leila Kilani, par sa radicalité et la puissance de ses interprètes, ressemble à s’y méprendre à un véritable diamant brut. A découvrir d’urgence!

CRITIQUE DVD: FEMME DE FEU

LE FILM:

1870. Ville de Signal. La belle Connie s’engage dans une lutte sans merci contre un riche rancher local pour le contrôle des pâturages environnants. Elle sera accompagnée dans sa lutte par Dave Nash, un ancien alcoolique taciturne…

Film sorti au début de la carrière d’André de Toth aux Etats-Unis, en 1947, « Femme de feu » est un western très original et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, son atmosphère est plus proche de celle du film noir que du western et son scénario, d’une grande complexité, nous offre une multitude de personnages, ni bons ni mauvais dont ne se dégage personne si ce n’est une femme, incarnée par Veronika Lake. Elle est au coeur du récit, chose que l’on retrouvera un peu plus tard dans « Johnny Guitar ». Mais ce qui marque dans « Femme de feu », c’est la beauté de la photo et la qualité de la mise en scène de De Toth, privilégiant les extérieurs. Un vrai beau western servi dans une copie de toute beauté! Merci Wild Side!

LES BONUS:

Outre la galerie photos et les filmos traditionnelles dans la collection « les Introuvables », le bonus principal est une présentation (26 mins)comme toujours passionnante de Bertrand Tavernier qui revient entre autres sur la mise en scène de deToth et les ressemblances avec le film noir.

VERDICT:

Pour les amateurs de western, un achat indispensable tant André de Toth est un metteur en scène trop sous-estimé.

Disponible en DVD (14,99 euros) dès le 29 février dans la collection « les Introuvables » de Wild Side Video