CRITIQUE: CEUX QUI RESTENT (2007)

StudioCanal

Pour un premier film, c’est un coup de maître et sur un sujet au combien risqué! Bertrand ( Vincent Lindon)rend visite à sa femme ,qui subit la seconde récidive d’un cancer du sein, tous les jours à l’hôpital. Dans les couloirs, il croise Lorraine, sous le choc, qui vient d’apprendre que son compagnon souffre d’un cancer du colon. Lui marche au ralenti; il vit cette situation depuis 5 ans et fait face comme il peut, renfermé sur lui-même. Elle, prend la nouvelle en pleine face et s’étonne que cela n’éveille en elle aucun noble sentiment; elle aimerait se sentir héroïque. Ils vont se serrer les coudes dans leur malheur et petit à petit vont se rapprocher.

La comédienne Anne le Ny passe à la réalisation avec un sujet pas facile mais parvient à en éviter tous les pièges sans sombrer dans le pathos. Elle choisit par exemple de ne jamais montrer les malades; et les plans de Vincent Lindon qui pousse la porte de la chambre de sa femme ont autant de force que si elle avait montrée celle-ci. L’interprétation du duo est parfaite avec une mention spéciale à Emmanuelle Devos toujours formidablement juste. C’est un film qui pose des questions douloureuses sur la perte d’un être cher et sur les réactions humaines face à la maladie. Et ce que dit le personnage d’Emmanuelle Devos est plein de vérité: « c’est dans les moments tristes que les gens découvrent leur vraie nature ».

Un très beau film qui ne tire pas les larmes, elles coulent toutes seules.

BIUTIFUL (2009)

Noir c’est noir! Inarritu nous conte la sombre histoire d’Uxbal. A Barcelone, il élève ses filles en l’absence de leur mère, toxicomane et bipolaire, et vit de trafics de sacs à main contrefaits, faisant travailler des sans-papiers asiatiques (à la fabrication) et africains (à la vente). Pour arrondir les fins de mois, il communique avec les morts moyennant finance. Un jour, il apprend qu’il souffre d’un cancer qui ne lui laisse que quelques semaines à vivre…

Après son chef d’oeuvre « amours chiennes » et les excellents « 21 grammes » et « Babel », Inarritu se sépare de son scénariste Guillermo Arriaga, spécialiste des scénarios gigognes dans lesquels plusieurs histoires s’entrechoquent et s’y attèle lui-même accompagné d’Armando Bo et Nicolas Giacobone. L’effet est inverse à ses précédents films; alors qu’il privilégiait les personnages multiples et les tournages aux quatre coins du globe, il se concentre ici sur un seul personnage, Uxbal, et son histoire est intégralement située à Barcelone. Mais attention, pas le Barcelone de carte postale mais le Barcelone interlope où les remblas servent à la vente à la sauvette, et les immeubles vétustes abritent des sans-papiers dans des conditions épouvantables. Le film débute et termine sur la même scène, deux mains (celle de Bardem et une d’enfant) et la transmission d’une bague, que l’on comprend mieux à la fin. Entre les deux, c’est un enchaînement de scènes toutes plus noires les unes que les autres. Et Dieu que c’est long (le film dure 2h20!)! Le film s’étire en effet sur une espèce de faux rythme souvent pesant. Certes Javier Bardem est formidable et mérite amplement son prix d’interprétation à Cannes et la mise en scène est souvent magnifique mais toutes ces longueurs pour nous raconter cette histoire étaient-elles indispensables? Cette histoire de médium était-elle vraiment utile pour dépeindre cette misère?

Il va vraiment falloir qu’Inarritu prouve qu’il peut se passer d’Arriaga pour démontrer qu’il est un grand cinéaste.