BIUTIFUL (2009)

Noir c’est noir! Inarritu nous conte la sombre histoire d’Uxbal. A Barcelone, il élève ses filles en l’absence de leur mère, toxicomane et bipolaire, et vit de trafics de sacs à main contrefaits, faisant travailler des sans-papiers asiatiques (à la fabrication) et africains (à la vente). Pour arrondir les fins de mois, il communique avec les morts moyennant finance. Un jour, il apprend qu’il souffre d’un cancer qui ne lui laisse que quelques semaines à vivre…

Après son chef d’oeuvre « amours chiennes » et les excellents « 21 grammes » et « Babel », Inarritu se sépare de son scénariste Guillermo Arriaga, spécialiste des scénarios gigognes dans lesquels plusieurs histoires s’entrechoquent et s’y attèle lui-même accompagné d’Armando Bo et Nicolas Giacobone. L’effet est inverse à ses précédents films; alors qu’il privilégiait les personnages multiples et les tournages aux quatre coins du globe, il se concentre ici sur un seul personnage, Uxbal, et son histoire est intégralement située à Barcelone. Mais attention, pas le Barcelone de carte postale mais le Barcelone interlope où les remblas servent à la vente à la sauvette, et les immeubles vétustes abritent des sans-papiers dans des conditions épouvantables. Le film débute et termine sur la même scène, deux mains (celle de Bardem et une d’enfant) et la transmission d’une bague, que l’on comprend mieux à la fin. Entre les deux, c’est un enchaînement de scènes toutes plus noires les unes que les autres. Et Dieu que c’est long (le film dure 2h20!)! Le film s’étire en effet sur une espèce de faux rythme souvent pesant. Certes Javier Bardem est formidable et mérite amplement son prix d’interprétation à Cannes et la mise en scène est souvent magnifique mais toutes ces longueurs pour nous raconter cette histoire étaient-elles indispensables? Cette histoire de médium était-elle vraiment utile pour dépeindre cette misère?

Il va vraiment falloir qu’Inarritu prouve qu’il peut se passer d’Arriaga pour démontrer qu’il est un grand cinéaste.

LA NOSTRA VITA (2010)

Claudio est maçon et travaille sur un gros chantier à Rome; sa femme et lui ont deux garçons et attendent le troisième. Lors de l’accouchement, les choses se passent mal et Claudio se retrouve veuf. Il va devoir assumer tout seul la charge de ses enfants. Considérant qu’il ne pourra pas leur rendre leur mère, il lui faut trouver des moyens pour les combler sur le plan matériel. Il les trouvera mais en franchissant les barrières légales…

La qualité principale du film est également son plus gros défaut! Daniele Luchetti, à qui l’on doit « le porteur de serviette » et « mon frère est fils unique », tente, à travers l’histoire de ce père veuf, de traiter trois thèmes. En plus de l’aspect mélodramatique d’un père qui se retrouve seul avec ses enfants du jour au lendemain, Luchetti dresse un constat noir des conditions économiques et sociales de l’Italie berlusconienne et y rajoute une petite dose de thriller avec le corps de ce vigile dissimulé dans les fondations de l’immeuble.

Elio Germano. Ad Vitam

Cela fait de « la nostra vita » un film riche et compact mais en 90 minutes, on a peu l’impression que ces thèmes sont survolés et l’on reste un peu sur sa fin. Reste quand même la très belle performance d’Elio Germano, couronnée lors du dernier festival de Cannes par le prix d’interprétation masculine, ex-aequo avec Javier Bardem, ironie du sort lui aussi pour un rôle de père courage dans « Biutiful ». Performance remarquable donc dans un rôle difficile, tout en nuances, le personnage de Claudio étant macho et un tantinet raciste.

Une semi-réussite donc à découvrir en salles dès le 6 avril.