CRITIQUE: A PERDRE LA RAISON

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Murielle et Mounir s aiment passionnément. Depuis son enfance, le jeune homme vit chez le Docteur Pinget, qui lui assure une vie matérielle aisée. Quand Mounir et Murielle décident de se marier et d’avoir des enfants, la dépendance du couple envers le médecin devient excessive. Murielle se retrouve alors enfermée dans un climat affectif irrespirable, ce qui mène insidieusement la famille vers une issue tragique…

Le cinéaste belge Joachim Lafosse s’inspire ici d’un fait divers, un infanticide commis par une mère de famille desespérée. Après les premières images où l’on devine quel drame s’est produit, Lafosse choisit de traiter son sujet sous la forme d’un long flash-back, nous faisant suivre en une succession de scènes les principales étapes de la vie de ce couple de la rencontre à l’issue fatale. Grâce à une mise en scène millimétrée, Lafosse fait une autopsie de ce couple que la présence d’un élément perturbateur, le personnage interprété par Niels Arestrup, va complètement détruire à petits feux. La réussite de ce film ne serait rien sans la présence de son trio d’acteurs Arestrup/Rahim/Dequenne, cette dernière livrant une prestation assez époustouflante: elle se détruit petit à petit, opérant même une transformation physique assez impressionnante.

Générant un sentiment de malaise continu, le film de Lafosse ne verse toutefois jamais dans le sensationnisme préférant le réalisme. L’une des scènes finales nous montrant l’issue tragique est un bijou de mise en scène qui, sans rien montrer, en garde autant de force si ce n’est plus! Porté intégralement par une bande originale baroque (Scarlatti), A perdre la raison est l’un des films les plus forts de l’année!

NOTE: 8.5/10

 

CRITIQUE: UN PROPHETE (2009)

UGC Distribution

Malik entre en prison, condamné à 6 ans pour avoir agressé des policiers à l’arme blanche. Très vite, il va tomber sous l’emprise d’un mafieux corse Cesar Luciani qui va lui faire une proposition: soit il tue un détenu qui doit témoigner contre lui, soit il est mort. Une fois cette mission accomplie, Malik devient le protégé de Luciani et va petit à petit se faire son propre réseau et gagner sa place.

Jacques Audiard signe ici une fois de plus un grand film, LE film de l’année 2009. Révélation du Festival de Cannes où il a d’ailleurs décroché le Grand Prix, il permet de découvrir un acteur dont on reparlera certainement, Tahar Rahim, qui ne doit qu’à la concurrence de Christoph Walz (Inglourious Basterds) de ne pas avoir empoché le prix d’interprétation. Après « Regarde les hommes tomber », « Un héros très discret », « Sur mes lèvres » et « De battre mon coeur s’est arrêté », Audiard réalise une fresque noire, violente au scénario extrêmement dense (par le scénariste de Mesrine) et hyper réaliste. Non content de défricher le genre du film de prison, très prisé outre-Atlantique, beaucoup moins chez nous, Audiard se place comme le cinéaste français le plus audacieux et le plus soucieux de l’aspect formel, avec de formidables idées de mise en scène. La direction d’acteurs n’est pas en reste avec la révélation Rahim, le revenant Niels Arestrup (souvent sous-employé) et toute la clique d’ex-taulards, tous très justes.

Un film coup de poing qui laissera des traces!