Critique: l’Heure de la Sortie (les Arcs Film Festival hors compétition)

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Réalisation Sébastien Marnier
Scénario Élise Griffon

Sébastien Marnier

Acteurs principaux
Sociétés de production Avenue B Productions
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre thriller
Durée 103 minutes
Sortie 9 janvier 2019

Lorsque Pierre Hoffman intègre le prestigieux collège de Saint Joseph il décèle, chez les 3e 1, une hostilité diffuse et une violence sourde. Est-ce parce que leur professeur de français vient de se jeter par la fenêtre en plein cours ? Parce qu’ils sont une classe pilote d’enfants surdoués ? Parce qu’ils semblent terrifiés par la menace écologique et avoir perdu tout espoir en l’avenir ? De la curiosité à l’obsession, Pierre va tenter de percer leur secret…

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Une petite salle de classe avec une douzaine d’élèves en pleine interro, une chaleur écrasante, le professeur qui s’approche lentement de la fenêtre, puis se jette… C’est ainsi que débute le second film de Sébastien Marnier à qui l’on doit le déjà très prometteur « Irréprochable« . Ces élèves constituent une classe expérimentale d’EIP (élèves intellectuellement précoces) et dégagent d’emblée une certaine étrangeté. Le professeur suppléant (Laurent Lafitte) s’en rendra vite compte, ressentant d’entrée un complexe d’infériorité face à cette classe empreinte de noirceur, sûre de sa force. Située dans une ville de banlieue où la verdure semble menacée par deux cheminées d’une centrale nucléaire, « l’Heure de la sortie » porte la patte d’un cinéaste déjà entrevue dans son précédent long. Les influences sont nombreuses: si les élèves évoquent « le Village des Damnés » de Wolf Rilla ou les jeunes du « Ruban Blanc » d’Haneke,  c’est encore à Polanski que l’on pense, notamment celui de « Répulsion » où la paranoïa s’installe, perturbant l’équilibre de la vie du jeune professeur. Réflexion sur les peurs adolescentes, la menace environnementale, « l’Heure de la Sortie » questionne aussi sur le regard sur la différence. Mis en scène avec une maîtrise parfaite, le second film de Sébastien Marnier (qui travaille sur ce projet depuis 2002!) bénéficie d’une magistrale interprétation de Laurent Lafitte, toute en mystère et en intériorité, d’un casting d’ailleurs parfait dans son ensemble, et de la BO incroyable de Zombie Zombie (bientôt disponible en vinyle!!!). « L’Heure de la Sortie » est donc pour le réalisateur un second round qui va vous mettre KO! Bravo et vivement la suite!

5

Critique: In Fabric (les Arcs Film Festival)

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Durée 1h 58min
Nationalité Britannique
Pas de date de sortie prévue
La boutique de prêt-à-porter Dentley & Soper’s, son petit personnel versé dans les cérémonies occultes, ses commerciaux aux sourires carnassiers. Sa robe rouge, superbe, et aussi maudite qu’une maison bâtie sur un cimetière indien. De corps en corps, le morceau de tissu torture ses différent(e)s propriétaires avec un certain raffinement dans la cruauté.
Quatre ans après le magnifique « The Duke Of Burgundy », l’Anglais Peter Strickland continue à creuser le sillon d’un Cinéma fétichiste à l’outrance avec un film peut-être encore plus jusqu’au boutiste. S’il nous intéresse au personnage incarné par Marianne Jean Baptiste, petite employée de banque à la recherche de l’âme soeur, c’est pour mieux nous berner. Le personnage principal n’est pas cette quadra en mal d’amour qui se fait plaisir en s’achetant une jolie robe rouge mais bien la robe rouge en elle même. Dans cet étrange magasin qui pourrait être cousin de l’école de danse de Suspiria, les vendeuses et le patron sont plus qu’étranges et les vêtements semblent avoir leur propre existence. Si message il y a dans cet étrange et peu accessible objet filmique, il serait sans doute une critique d’une société de consommation menant à la folie. Sur la forme, ce qui marque chez Strickland c’est son obsession de l’esthétique 70’s avec un travail assez dingue sur l’image et le son et son fétichisme qui n’est donc pas passager. Comme les fantaisies sexuelles des deux protagonistes de « The Duke of Burgundy » qui revenaient inlassablement , Strickland s’amuse ici à reproduire nombre incalculable d’éléments,à maintes reprises dans son film ( les numéros de téléphone, les spots TV, les entretiens avec les banquiers, …). Drôle, amusant ou déstabilisant selon les personnes, cet « In Fabric » est un film qui ne peut laisser indifférent. Toutefois, on peut légitimement se demander si Peter Strickland est capable de sortir de ce fétichisme pour aller vers quelque chose de plus accessible.
4