Critique: Cigare au Miel

Kamir AÏNOUZ

France, Belgique, Algérie

2020 / 100’ / Français / Arabe
Premier film

Selma, 17 ans, vit à Neuilly-sur-Seine en 1993, dans une famille berbère, cultivée et laïque. Alors que la terreur du fondamentalisme émerge dans leur pays d’origine, Selma rencontre Julien, un garçon provocateur. Elle réalise à quel point les traditions du patriarcat contrôlent sa vie et son intimité. Au risque de remettre en question tout l’équilibre de sa famille, Selma va lutter pour reprendre le contrôle de son corps, de ses désirs et de sa vie. 

Présenté en compétition au Festival de Cinéma Européen des Arcs, « Cigare au Miel » est un premier film de Kamir Aïnouz, co-production franco-belgo-algérienne. Situé au début des années 90, alors que l’Algérie tremble sous les attentats du GIA, « Cigare au Miel » est le récit initiatique du passage à l’âge adulte de Selma, prise en tenaille entre deux cultures. Ses parents, plutôt cultivés gardent encore les stigmates d’une culture patriarcale où la femme n’a que très peu la parole. Elle, née en France, grandit dans une Culture européenne très libérée. Ce grand écart culturel qu’elle vit au quotidien n’est pas sans générer des tensions au sein de sa famille mais va permettre également à sa mère d’engager une vraie prise de conscience et elle aussi de trouver sa voie. Ce premier film plutôt maîtrisé est l’occasion de découvrir la naissance d’une actrice, Zoe Adjani, nièce d’une certaine Isabelle, dont on devrait reparler tant elle ne tardera pas à se faire un prénom.

Sébastien Lifshitz: 2020, une année majeure

Emma et Anaïs

Après s’être fait remarquer en 2012 avec son documentaire, « les Invisibles », Sébastien Lifshitz enchaîne deux grands films en cette année un peu particulière. Tout d’abord, il sort en salles son film « Adolescentes » où il suit durant quatre ans, deux copines, Emma et Anaïs tellement différentes bien qu’inséparables. De l’année de troisième à l’obtention du bac, la caméra de Lifshitz se fait oublier pour saisir non seulement l’évolution d’un pays meurtri par une vague d’attentats mais surtout la transformation de jeunes filles en femmes. L’une d’un milieu très modeste qui a dû grandir plus vite pour porter une famille dans la précarité et l’autre d’un milieu aisé tentant de se faire une place à l’ombre d’une mère parfois trop présente.

Quelques mois plus tard, Lifshitz s’intéresse dans « Petite fille » à la dysphorie de genre à travers l’histoire de Sacha, une petite fille née dans un corps de garçon. Ce qui frappe dans ce film, c’est l’union qui règne dans cette famille où tout le monde est soudé dans le même objectif: faire changer les mentalités pour qu’enfin, Sacha puisse vivre sa vie et non celle du garçon que l’état civil fait d’elle. Un documentaire non seulement bouleversant mais qui change à jamais le regard du spectateur sur un phénomène encore peu connu.

Ces deux grands documentaires sont à voir absolument et sont sans conteste deux des plus grands films de l’année!