Critique:Voyage à travers le Cinéma Français

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Ce travail de citoyen et d’espion, d’explorateur et de peintre, de chroniqueur et d’aventurier qu’ont si bien décrit tant d’auteurs, de Casanova à Gilles Perrault, n’est-ce pas une belle définition du métier de cinéaste que l’on a envie d’appliquer à Renoir, à Becker, au Vigo de l’Atalante, à Duvivier, aussi bien qu’à Truffaut ou Demy. A Max Ophuls et aussi à Bresson. Et à des metteurs en scène moins connus, Grangier, Gréville ou encore Sacha, qui, au détour d’une scène ou d’un film, illuminent une émotion, débusquent des vérités surprenantes. Je voudrais que ce film soit un acte de gratitude envers tous ceux, cinéastes, scénaristes, acteurs et musiciens qui ont surgi dans ma vie. La mémoire réchauffe : ce film, c’est un peu de charbon pour les nuits d’hiver.

Durant 3h15, le cinéaste Bertrand Tavernier se raconte à travers sa cinéphilie et son rapport au Cinéma français des années 30 jusqu’au début des années 70. A travers des extraits de films, il nous offre une leçon de Cinéma parsemée d’anecdotes croustillantes et d’analyses techniques. Il évoque ses cinéastes favoris, Becker ou Renoir, la musique de films mais aussi les comédiens comme Gabin ou Arletty. La conséquence première à la vue du film, c’est une envie irrépressible de revoir les films déjà vus et de découvrir tous les autres! Une histoire d’Amour contagieuse en sorte!

4.5

 

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CRITIQUE: QUAI D’ORSAY

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Alexandre Taillard de Worms est grand, magnifique, un homme plein de panache qui plait aux femmes et est accessoirement ministre des Affaires Étrangères du pays des Lumières : la France. Sa crinière argentée posée sur son corps d’athlète légèrement halé est partout, de la tribune des Nations Unies à New-York jusque dans la poudrière de l’Oubanga. Là, il y apostrophe les puissants et invoque les plus grands esprits afin de ramener la paix, calmer les nerveux de la gâchette et justifier son aura de futur prix Nobel de la paix cosmique. Alexandre Taillard de Vorms est un esprit puissant, guerroyant avec l’appui de la Sainte Trinité des concepts diplomatiques : légitimité, lucidité et efficacité. Il y pourfend les néoconservateurs américains, les russes corrompus et les chinois cupides. Le monde a beau ne pas mériter la grandeur d’âme de la France, son art se sent à l’étroit enfermé dans l’hexagone. Le jeune Arthur Vlaminck, jeune diplômé de l’ENA, est embauché en tant que chargé du “langage” au ministère des Affaires Étrangères. En clair, il doit écrire les discours du ministre ! Mais encore faut-il apprendre à composer avec la susceptibilité et l’entourage du prince, se faire une place entre le directeur de cabinet et les conseillers qui gravitent dans un Quai d’Orsay où le stress, l’ambition et les coups fourrés ne sont pas rares… Alors qu’il entrevoit le destin du monde, il est menacé par l’inertie des technocrates…

 

Trois ans après le classique mais néanmoins excellent « la Princesse de Montpensier », Bertrand Tavernier revient dans un registre totalement opposé même s’il s’agit à nouveau d’une adaptation. L’œuvre originale est cette fois une bande dessinée, « Quai d’Orsay » de Christophe Blain et Abel Lanzac, parue en deux tomes, qui s’inspire de l’expérience de ce de dernier au ministère des affaires étrangères . Pour adapter cette BD désopilante , Tavernier délaisse son compère Jean Cosmos pour travailler avec les deux auteurs de l’œuvre littéraire. S’il se débarrasse de certains éléments comme l’imaginaire d’Arthur, Tavernier reste très fidèle à la BD et en conserve totalement l’esprit et le rythme trépidant. C’est d’ailleurs ce qui fait plaisir aux admirateurs du cinéaste dont je fais partie car il cloue le bec à ses détracteurs qui ne pourront ici parler de poussière ou de naphtaline. Tavernier offre une mise en scène virevoltante et inspirée, avec une caméra toujours en mouvement et un montage ultra-dynamique. Mais le point fort du film reste l’interprétation absolument magnifique de l’ensemble du casting: Raphaël Personnaz, Niels Arestrup (parfait comme toujours ), Julie Gayet, Anais Demoustiers, Thomas Chabrol, Thierry Frémont, Jane Birkin et même Sonia Rolland dont les deux passages révèlent un vrai talent. N’oublions pas évidemment Thierry Lhermitte dont la présence à un tel niveau prouve, si l’on en doutait, des qualités de directeur d’acteur de Bertrand Tavernier. Ce Quai d’Orsay est sans conteste la comédie la plus intelligente et stimulante sortie en France depuis bien des mois dont quelques longueurs dans la dernière demi-heure ne sauraient ternir l’éclat.

NOTE: 8/10

 

CRITIQUE DVD: QUAND LES TAMBOURS S’ARRETERONT

LE FILM:

Sam Leeds, un joueur (Stephen McNally), se fait expulser d’une ville après avoir tué un homme. En effet, le Maire veut nettoyer la ville en se débarassant de certains éléments comme Sam ou les call-girls qui oeuvraient au saloon. Pour l’amour d’une femme, Sam décide de rester coûte que coûte. Peu après, la ville est attaquée par les Indiens Mescaleros. Les habitants n’ont d’autre choix que de se réfugier dans l’église…

Voilà une jolie surprise que ce western peu connu réalisé par l’Argentin  Hugo Fregonese et que l’on peut voir dans la collection « Westerns de légendes » chez SevenSept. D’une durée très courte (1 h 10), le film débute par un texte qui nous présente la situation des Indiens Mescaleros et nous explique la raison de leur haine des hommes blancs, leur donnant des circonstances atténuantes et c’est la première originalité du film. En effet, la plupart des westerns ne s’embarassaient pas de ce genre de considérations. Puis l’action prend place dans ce petit village peuplé de différentes ethnies dont des Gallois, avec des personnages clairement définis qui évolueront considérablement au cours du film.Puis vient la fameuse scène de l’église qui fait basculer le film dans une ambiance proche du film d’horreur, spécialité du producteur Val Lewton (la Féline, Vaudou…), ce qui est une autre grande originalité du film. Tous ces Indiens qui passent par les fenêtres dans la pénombre avec cette magnifique photo de Charles Boyle semblent tout droit sortis d’un film d’épouvante.

Techniquement, un très beau DVD avec une copie quasi-parfaite!

LES BONUS:

Outre quelques bandes annonces de films de la même collection, on trouve les présentations du film par Patrick Brion(11 mins) et Bertrand Tavernier (25 mins), comme toujours passionnants qui apportent une mine d’informations, insistant entre autres sur l’importance du producteur Val Lewton.

VERDICT:

Une perle à découvrir pour les amateurs de western ou de très bons films tout simplement.

LIVRE: LE CINEMA DANS LE SANG

Un ouvrage indispensable pour tout cinéphile qui se respecte vient de sortir aux éditions Ecriture. Grand admirateur de Bertrand Tavernier, dont vous pouvez retrouver ici le petit entretien que j’ai fait de lui, je ne pouvais passer à côté de celui-ci. « Le Cinéma dans le sang » est un livre d’entretiens du grand réalisateur français par Noël Simsolo, écrivain mais aussi comédien chez Mocky en particulier et réalisateur de documentaires.

Bertrand Tavernier se raconte et comme d’habitude c’est toujours passionnant. De son enfance lyonnaise à « la Princesse de Montpensier », il évoque le jazz, la Nouvelle Vague et bien sûr le métier de metteur en scène avec toutes ses rencontres d’Aragon à Tarantino en passant par Eastwood. Bourré d’anecdotes dont la plus fameuse, qu’il se plaît toujours à raconter, faisait état d’un spectateur qui, lors d’une projection, se fit chauffer une boîte de haricots, on apprend également que, dans sa vie d’attaché de presse, il laissa tomber Kubrick pendant la promotion d’Orange Mécanique. Et le livre est truffé de pépites de ce genre! Un ouvrage à offrir ou s’offrir!

CRITIQUE: LA FORET INTERDITE (1958)

Un jeune professeur de sciences naturelles arrive dans la toute jeune ville de Miami en Floride à la fin du XIXe siècle, alors que la mode des chapeaux à plumes a entraîné le massacre des oiseaux sauvages des marais. Promu garde-chasse, le jeune professeur se heurte au chef des braconniers, le terrifiant Cottonmouth.

Premier film au message ouvertement écologiste, « la forêt interdite » est un film passionnantà plusieurs niveaux et sa sortie en dvd dans la magnifique collection « classics confidential » de Wild Side est une véritable aubaine pour tout cinéphile. Comme les autres films de la collection, il est accompagné d’un très joli livre écrit par Patrick Brion et d’une passionnante interview de l’historien du cinéma Bernard Eisenschitz et du réalisateur Bertrand Tavernier (toujours aussi passionné et passionnant!)qui nous racontent tous deux la genèse de ce petit bijou. Pour faire bref, Nicholas Ray est choisi par Warner pour réaliser ce film, fort du récent succès de la « fureur de vivre » mais le manque de préparation, les conditions de tournage difficiles, l’alcoolisme de Ray et de sa compagne vont le voir évincer avant la fin du tournage pour être remplacé par le scénariste Stuart Schulberg. Durant à l’origine trois heures mais réduit à 1h40, le film garde de cette coupe quelques défauts mais reste un grand film d’aventures porté par un très bon Christopher Plummer débutant et un Burt Ives génial!

A découvrir de toute urgence tous comme les autres titres de la collection!

CRITIQUE: LE JUGE ET L’ASSASSIN (1975)

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

XIXème siècle, en France. Bouvier, un ancien militaire, sort de l’asile après avoir tenté d’assassiner sa petite amie et de se donner la mort. Il arpente le pays et, à chaque étape, viole et tue de jeunes bergères. Sa rencontre avec le juge Rousseau sonnera la fin de son périple meurtrier…

Tavernier s’inspire ici d’un fait divers pour nous dresser un portrait impitoyable de la société française à l’époque où l’affaire Dreyfuss enflamme le pays. Bouvier, en effet, accuse la société de tous ses maux. Il fait endosser sa folie aux médecins dont les traitements l’ont abîmé, à l’Eglise, ayant été abusé par un prêtre à l’adolescence ou encore aux patrons. Le film bénéficie d’une très belle photo aussi bien dans les scènes d’extérieur avec de très belles vues de l’Ardèche que dans les scènes d’intérieur, en prison par exemple. Le duo Philippe Noiret/Michel Galabru est fabuleux avec une mention spéciale pour le second qui reçut d’ailleurs le César du meilleur acteur pour son rôle de Bouvier. Il livre en effet une prestation complètement hallucinante qu’il ne sut ou ne put jamais rééditer. Sous couvert d’un fait divers, Tavernier réalise donc un film hautement politique et très engagé, à son image.

Un grand film!

L’HORLOGER DE SAINT PAUL (1974)

Michel Descombes est un paisible horloger lyonnais. Sa vie va se trouver bouleversée le jour où la police l’informe que son fils a tué un homme. Il va alors tenter de comprendre ce qui s’est passé et d’apprendre à connaître son fils dont il ne sait pas grand chose…

Premier film de Bertrand Tavernier, l' »horloger de St Paul » est adapté d’un roman de Georges Simenon. Sous des allures de film policier, il s’agit plutôt d’un drame familial avec ce père qui se rend compte qu’il ne connaît rien de son fils et d’un film engagé qui met en lumière les carences de notre société. La scène la plus symbolique et la plus forte est pour moi le transfèrement du fils par avion, accompagné par le père. Personne à bord de l’appareil ne s’adresse la parole et l’on peut lire toute l’incompréhension du père dans son regard. Noiret est comme toujours parfait et Jean Rochefort lui donne la réplique dans le rôle du Commissaire chargé de l’enquête. Dès son premier film, Tavernier trouve déjà son style caractéristique: des films classiques sur la forme mais qui offrent de multiples pistes de réflexion.