BELLE ET SEBASTIEN : interview d’Armand Amar, le compositeur de la bande originale

ARMANDAMAR

© Eric Valli

Tout d’abord quel est votre parcours ?
Déjà je n’ai pas étudié la musique occidentale, j’ai étudié la musique indienne. J’ai beaucoup travaillé pour le spectacle vivant pendant quelques années et je me suis beaucoup intéressé aux musiques du monde. C’est en étant conseiller sur le film Latcho Drom que j’ai rencontré Costa Gavras et que nous avons tissé des liens d’amitié. Quand il a fait quelques années plus tard le film Amen, il a alors fait appel à moi pour composer la musique, c’est ainsi qu’a commencé ma carrière de compositeur de musiques de films.
Mais je ne fais pas que ça, je fais encore des musiques pour la danse et j’ai également fait un opéra qui passera le 27 avril à Pleyel.

Quel est votre rapport au cinéma ? Un mode d’expression comme un autre ou une véritable passion ?
Je ne suis pas un grand connaisseur du cinema mais j’ai beaucoup travaillé pour la danse. J’ai donc très peu travaillé pour moi même mais beaucoup pour d’autres créateurs. C’était donc une sorte de continuité de ce que j’ai fait auparavant. J’adore travailler sur quelque chose qui bouge que ce soient les danseurs ou le théâtre, et c’est donc la suite logique.

Votre musique a souvent soit des tonalités ethniques, je pense notamment à des films comme « va,vis deviens » ,  » indigènes « , « des hommes libres » , soit un fort rapport à la nature avec « la terre vue du ciel », « la jeune fille et les loups », « home » ou « Belle et Sebastien ». Vous n’avez pas envie d’explorer d’autres univers comme la comédie, le film d’action ou la science fiction?

Le film d’action j’en ai fait dernièrement. Mais comme les comédiens, on est vite mis sur un chemin . Plutôt que de parler de musique ethnique, je préfère parler de musique savante extra-européenne et c’était ma passion. J’ai essayé d’intégrer à l’orchestre d’autres instruments et la simplicité de ces musiques m’a toujours inspiré, comme la musique baroque. Et puis on a toujours envie de faire d’autres choses, c’est ça qui nous guide et nous maintient. J’ai donc toujours envie de faire autre chose et quand ça se présente je dis oui. Pour moi Belle et Sebastien c’est une nouvelle expérience, je n’avais jamais fait de film pour les enfants, dans cet univers là.

Comment choisissez-vous les projets sur lesquels vous travaillez?

Déjà je n’ai pas d’agent. Quand quelqu’un vient vers vous, la moitié du travail est faite. Il vient parce qu’il aime ce que vous faites, c’est déjà un grand pas. Ça élimine donc pas mal de projets et après je le fais sur la lecture du scénario: si je sens que ça me touche, que ça me concerne et que ça se rapproche de moi je dis oui même s’il n’y a pas d’argent. C’est avant tout une histoire qui me touche.

Sur Belle et Sebastien, vous retrouvez la violoniste Sarah Nemtanu qu’on connaît sur Bordeaux….
(Rires) Vous connaissez toute la famille !

L’idée de retravailler avec elle ça vient de vous ?

Oui ça vient de moi! Ça fait une dizaine ou une quinzaine de films qu’on travaille ensemble, depuis « la jeune fille et les loups ». J’ai rencontré Sarah par un violoncelliste qui s’appelle Gregoire et j’ai travaillé au Conservatoire aussi donc je l’ai rencontrée à ce moment là . Maintenant je ne peux plus m’empêcher de la mettre dans chacun de mes projets comme un grigris! Elle est extraordinaire! La qualité des interprètes qui m’entourent est formidable autant en musique traditionnelle qu’occidentale. Je trouve que c’est important que les gens amènent une âme dans ce qu’ils font. Elle, c’est dans chaque note qu’elle joue ! J’ai d’ailleurs une anecdote: quand j’ai enregistré « la Jeune fille et les loups », dans l’ouverture, il y a une seule note de violon à la fin et moi j’enregistre toujours les solistes ici et après je vais à Prague ou à Londres pour enregistrer les orchestres. Le directeur artistique de l’orchestre entend donc cette note et me dit  » mais c’est incroyable, c’est une super violoniste! » Comme quoi une note peut tout changer.

Pour les chansons, le choix de Zaz, c’est vous?

Oui, j’avais trois idées. J’ai appelé MaÏ Lan, Rosemary de Moriarty et j’avais envie de Zaz. J’ai d’abord travaillé sur les arrangements, quelque chose de minimaliste pendant 2-3 mois puis je les ai appelées pour faire des essais. Toutes les trois ont été extraordinaires mais Zaz a amené quelque chose qu’on attend d’un interprète dans la chanson française. Ça m’a touché et j’étais vraiment emballé! Quand j’ai fait écouter à Nicolas Vanier et aux gens de Gaumont ça a été assez unanime. D’autres essais étaient prévus mais ça s’est arrêté là.

C’est un choix du réalisateur de garder les chansons de la série?

J’imagine que c’est d’abord de la part de la Gaumont un choix commercial et qu’on ne pouvait faire cette série sans Mehdi et sans les chansons. Mais il fallait les introduire sans tomber dans une sorte de passéisme, c’était ça le plus important pour moi.

Quand vous travaillez sur un film comme Belle et Sebastien, vous travaillez en amont ou sur les images?

J’ai travaillé en amont sur les chansons car c’était un long processus. Pour le reste, c’était une bataille avec Nicolas Vanier qui me disait « donne moi de la musique, donne moi de la musique » et moi qui lui répondait « donne moi des images, donne moi des images! » J’ai fini par le convaincre de ma façon de travailler. J’ai donc attendu la fin du montage et après avoir vu le film en entier, j’ai fait le premier thème. Nicolas était rassuré…

Le César pour le Concert, est-ce que ça change des choses ?

Non, déjà il y a cette polémique sur le fait que j’ai accepté ce César. Autre anecdote: quand j’ai été nommé pour Amen, j’étais le seul à avoir fait une musique originale et Wojciech_Kilar pour le Pianiste n’avait fait que le générique! J’étais très content qu’il ait le César car je me suis dit que c’était pour sa carrière. Quand j’ai eu le mien, j’ai remercié tchaikovski et j’ai pensé que c’était pour mes 4 nominations. Mais ça ne change rien du tout, je n’ai pas d’agent et je me laisse aller.

Avez-vous des modèles en matière de compositeurs de musiques de films?

Non, il y en a beaucoup de talentueux mais je ne suis pas un grand « mangeur » de BO. La dernière fois j’ai vu Sous Surveillance de Redford et j’ai adoré la musique de Cliff martinez, j’ai trouvé ça extraordinaire! Je suis touché à la fois par le film et la musique. J’aime beaucoup la musique baroque et des gens comme Arvo Pärt aussi, la musique traditionnelle.

Dites-moi si je me trompe, mais j’ai l’impression que la musique de films en France est un peu un parent pauvre par rapport à d’autres pays comme les Etats-Unis par exemple?

Non c’est pas vrai. Quand un réalisateur ou un producteur a vraiment une envie d’écriture où la musique est présente, il n’y aura pas de problème pour avoir un budget. Maintenant c’est aussi une autre dimension, on ne peut pas comparer avec les budgets astronomiques de certains films américains. C’est un rapport, on n’est pas du tout dans la même économie. Je ne dirais donc pas que la musique est un parent pauvre en France mais certains réalisateurs n’ont pas le réflexe de penser à la musique avant, c’est ce qui est différent de la culture anglo-saxonne.

Merci de m’avoir accordé ces instants, en tout cas très belle BO! Je cours voir le film de ce pas!

Tant mieux, allez-y, il faut des entrées!

Je tiens donc à remercier Armand Amar de m’avoir accordé ces quelques instants et Armonie pour en avoir été à l’initiative.

belle-sebastien-cover-album

La bande originale est également téléchargeable sur Itunes: http://bit.ly/BelleetSebastien

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