CRITIQUE BLU-RAY: UN PAPILLON SUR L’EPAULE

LE FILM:
En escale à Barcelone, Roland Fériaud découvre un cadavre dans la chambre d’hôtel voisine de la sienne. Puis il se réveille dans une étrange clinique sans se souvenir de ce qui l’y a amené. On lui parle d’hallucination, mais quelques jours plus tard il acquiert la preuve qu’il n’a pas rêvé. Il se retrouve embarqué dans une histoire qui le dépasse…

Totalement kafkaïen, dans l’esprit de « la mort aux trousses », « un Papillon sur l’épaule » donne l’occasion à Jacques Deray et Jean-Claude Carrière de faire à nouveau équipe (la Piscine, Borsalino…). Grande réussite, ce thriller paranoïaque permet de voir Lino Ventura dans un rôle où il ne maîtrise plus rien et subit les évènements, chose assez rare pour être soulignée! A ses côtés, Deray a réuni un excellent casting de seconds rôles avec entre autres Jean Bouise ou encore Paul Crauchet. Comme d’habitude dans cette collection « Gaumont Classique », la qualité de la copie est irréprochable même si le film n’est pas si vieux que ça (1978)!

 LES BONUS:

Outre une sélection de bandes annonces des films avec Lino Ventura parus dans la collection (Un papillon sur l’épaule, Boulevard du rhum, Razzia sur la chnouf, Le rouge est mis, Les tontons flingueurs, Les barbouzes, Ne nous fâchons pas, …), on trouve un documentaire « Kafka à Barcelone : la métamorphose de Jacques Deray » (35 min)  avec les témoignages de Jean-Claude Carrière, Agnès Vincent-Deray, Henri Lanoë et Pierre Lenoir. Passionnant!

VERDICT:

Un Blu-ray top comme tous les titres de la collection « Gaumont Classique »

Disponible dès le 14 mars en DVD (16,99 euros) et Blu-Ray (19,99 euros) chez Gaumont.

 

CRITIQUE: SUR LA PLANCHE

Tanger – Aujourd’hui, quatre jeunes femmes de vingt ans travaillent pour survivre le jour et vivent la nuit. Elles sont ouvrières réparties en deux castes : les textiles et les crevettes. Leur obsession : bouger.
« On est là » disent-elles. De l’aube à la nuit la cadence est effrénée, elles traversent la ville. Temps, espace et sommeil sont rares. Petites bricoleuses de l’urgence qui travaillent les hommes et les maisons vides.
Ainsi va la course folle de Badia, Imane, Asma et Nawal…

Dans ce premier long métrage de Leila Kilani, le personnage principal c’est Tanger et plus particulièrement sa zone franche, zone portuaire très sécurisée où les jeunes filles affluent de tout le Maroc pour trouver du travail. Elles y sont soit « textile », soit « crevette », la seconde catégorie étant la moins valorisante: les filles épluchent des crevettes toute la journée, payées au kilo, véhiculant une odeur pestilencielle dont elles ne se débarassent jamais faute d’avoir une douche chez soi. La seule échappatoire pour les quatre jeunes filles, voler les garçons rencontrés le soir et revendre pour se faire un peu d’argent. Les coups de plus en plus importants, les filles vont se mettre en danger.

Sur un style très proche du documentaire, la réalisatrice dépeint une société marocaine en pleine évolution, loin des clichés en particulier sur la femme orientale et sa soumission. Tourné caméra à l’épaule, « sur la planche » est un vrai film social mais aussi un authentique film noir dont on pressent dès le début que cela va mal finir. Ponctué des monologues étranges de Badia, « Sur la planche » pourrait être un mélange des films de Jacques Audiard pour le climat et d’Abdellatif Kechiche pour la direction d’acteurs et les dialogues.

Loin d’être parfait, le film de Leila Kilani, par sa radicalité et la puissance de ses interprètes, ressemble à s’y méprendre à un véritable diamant brut. A découvrir d’urgence!