Critique: Shorta

Anders ØLHOLM et Frederik Louis HVIID

Danemark

2020 / 108’ / première française / Danois
Premier film

Les circonstances de la garde à vue de Talib Ben Hassi (19 ans) restent flous. Deux policiers, Jens et Mike, sont en patrouille de routine dans le ghetto de Svalegården lorsque la nouvelle de la mort de Talib tombe, déclenchant une rage incontrôlable et refoulée chez les jeunes, qui aspirent à la vengeance. Les deux officiers doivent se défendre face à la colère des habitants et tentent de trouver une issue.

Premier long danois en compétition dans le cadre du Festival de Cinéma Européen des Arcs, « Shorta » est un peu la version nordique des « Misérables ». Le décès d’un jeune maghrébin issu d’une cité tendue lors d’une bavure policière met le feux aux poudres. Deux policiers Jens, le flic modèle, et Mike, le dur, vont se retrouver à tenter de survivre une nuit entière dans l’oeil du cyclone, sans aide extérieure. Remarquablement mis en scène, ce premier film maintient une tension étouffante du début à la fin et, comme son pendant français, fait un constat terrible sur une situation qui paraît inextricable entre une jeunesse qui se sent abandonnée et des forces de police qui se sentent impuissantes. Glaçant jusqu’à un final totalement désenchanté…

Critique: Cigare au Miel

Kamir AÏNOUZ

France, Belgique, Algérie

2020 / 100’ / Français / Arabe
Premier film

Selma, 17 ans, vit à Neuilly-sur-Seine en 1993, dans une famille berbère, cultivée et laïque. Alors que la terreur du fondamentalisme émerge dans leur pays d’origine, Selma rencontre Julien, un garçon provocateur. Elle réalise à quel point les traditions du patriarcat contrôlent sa vie et son intimité. Au risque de remettre en question tout l’équilibre de sa famille, Selma va lutter pour reprendre le contrôle de son corps, de ses désirs et de sa vie. 

Présenté en compétition au Festival de Cinéma Européen des Arcs, « Cigare au Miel » est un premier film de Kamir Aïnouz, co-production franco-belgo-algérienne. Situé au début des années 90, alors que l’Algérie tremble sous les attentats du GIA, « Cigare au Miel » est le récit initiatique du passage à l’âge adulte de Selma, prise en tenaille entre deux cultures. Ses parents, plutôt cultivés gardent encore les stigmates d’une culture patriarcale où la femme n’a que très peu la parole. Elle, née en France, grandit dans une Culture européenne très libérée. Ce grand écart culturel qu’elle vit au quotidien n’est pas sans générer des tensions au sein de sa famille mais va permettre également à sa mère d’engager une vraie prise de conscience et elle aussi de trouver sa voie. Ce premier film plutôt maîtrisé est l’occasion de découvrir la naissance d’une actrice, Zoe Adjani, nièce d’une certaine Isabelle, dont on devrait reparler tant elle ne tardera pas à se faire un prénom.